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CHAPITRE XIX

Sommaire : La place Royale. — Son histoire. — La maison du poëte. — Description de l'appartement célèbre. — Auguste de Chàtillon. — Le salon de Victor Hugo. — Une pièce de vers de Méry. — Un dais légendaire. — La société littéraire de la place Royale. — Nouvelles querelles des anciens et des modernes. — Présentation d'.iuguste Vacquerie. — Intimité. — Paul Meurice. — M°" Victor Hugo. — Mariage de Charles Vacquerie et de Léopoldine Hugo, au printemps de 1843. — Cinq mois après. — La catastrophe de Villequier. — Un poète noctambule. — L'attentat de la rue des Tournelles.

Au mois d'octobre 1832, pendant les répétitions du lioi s'amuse, Victor Hugo avait quitté la rue Jean-Goujon pour aller demeurer place Royale.

Cette place fut commencée en 160i, sur l'emplacement jadis occupé par l'hôtel des Tournelles. Henri IV en ordonna la construction et fit bâtir à ses frais le côté qui borde la rue Saint-Antoine et le pavillon qui fait face à la rue deBirague. Le reste des terrains ne fut vendu qu'à la condition que les propriétaires y feraient élever des maisons d'un aspect extérieur absolument semblable à la construction royale, avec des fenêtres hautes, des mansardes et des toits d'ardoise. Une galerie cintrée à piliers massifs court autour de la place dans laquelle on pénètre par deux voûtes ménagées au-dessous de deux pavillons principaux.

Là se donnaient rendez-vous les duellistes au xvii' siècle, là Bussy fut tué par Montmorency de Bouteville, que Richelieu fit décapiter pour ce fait; là, mourut de la main du duc de Guise, petit-fils du Balafré, le second petit-fils de l'amiral Coligny.

C'était alors le quartier à la mode, le faubourg Saint-Germain de l'époque; les habitations devinrent le séjour des plus grands noms de France, des Rohan, des d'Aligre, des Rotrou, des Guéméné ; Corneille, Condé, Saint-Vincent de Paul, Molière, Turenne, M""" de Longueville, de Thon, Cinq-Mars, et le cardinal de Richelieu lui-inènie, après qu'il eut fait don au roi du Palais-Royal, vinrent demeurer autour de cette place célèbre.

Elle changea souvent de nom; pendant la première révolution, on l'appela place des Fédérés, puis place de l'Indivisibilité; ensuite place des Vo.sges à la

suite d'un décret de l'an VII, déclarant qu'on donnerait à la principale place de Paris le nom du département qui payerait le plus vite ses contributions ; le département des Vosges l'emporta.

La Restauration rétablit nécessairement le nom primitif qui resta jusqu'en 18Zi8 ; en 18^8, nouvelle appellation de place des Vosges; le second empire rétablit la dénomination première, et enfin la troisième république maintient la décision prise en 1848.

La place s'appelait donc place Royale lorsque, en 1832, Victor Hugo s'y installa au numéro 6, dans la maison qu'occupa, dit-on, Marion de Lorme. Il était attiré dans ce quartier par le voisinage de Charles Nodier, logé à l'Arsenal, et presque en même temps Théophile Gautier s'installa dans l'habitation formant encoignure vis-à-vis de celle de Victor Hugo.

L'appartement du poëte se trouvait au second étage. On y parvenait par un large et bel escalier de pierre. Une grande entrée donnait accès dans la salle à manger, où se trouvait une magnifique tapisserie représentant des scènes du Roman de la Rose, et au fond de laquelle s'ouvraient deux portes, l'une conduisant au salon, l'autre à un couloir sur lequel donnaient les chambres à coucher. Après les avoir traversées, on parvenait au cabinet de travail, rempli de meubles curieux et donnant sur une cour intérieure.

Le plafond de ce cabinet était décoré d'une toile curieuse d'Auguste de Châtillon, le Moine rouge, tableau presque aussi étrange que la llonde du sabbat, de Louis Boulanger. Ce moine, vêtu d'une robe rouge flamboyante, de coloration inusitée, était représenté de grandeur naturelle, couché auprès d'une femme nue sur le flanc de laquelle il lisait gravement la bible.

Le Moine rouge, après avoir plus tard suivi le poëte, rue de la Tourd'Auvergne, fut vendu aux enchères, avec tout le mobilier, après le coup d'Etat, et devint, on ne sait comment, la propriété de Timothée Trimm, qui en fit un tapis.

Auguste de Châtillon, peintre, poëte, musicien et sculpteur, est une des plus curieuses figures de la galerie romantique. Après 1830 il avait conquis sinon la renommée, du moins une certaine réputation. Jouissant d'amitiés illustres, expert en tous les arts, il promettait plus qu'il n'a tenu ; il éparpilla son intelligence et son talent et, après une longue existence malheureuse, il mourut pauvre, très pauvre, laissant un volume de poésies intitulé : la Grand'Pinte, poésies réalistes d'une oi-iginalité incontestable, mais d'une valeur secondaire, quoique Théophile Gautier leur ait consacré une de ses plus élincelantes préfaces.

Châtillon s'occupait surtout de peinture vers 1832, et c'est à ce titre qu'il tient une place importante dans l'histoire du salon de la place Royale.

Il peignit en ce temps-là, en 1839, un tableau représentant la première communion de la fille aînée de Victor Hugo, dans l'église de Fourqueux, près de Saint-Germain en Laye.

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