La vierge au front si pur, au sourire si beau
1 Si pour rhymcnd'un jour c'est en vain qu'il Ta]
1 ' Laissez du moins rêver à son âme ini mortelle
L'éternel hymen du tombeau !
Au vallon de Gcntilly, en 1823, un an à peine après son mariage, — faisant son premier pèlerinage au berceau de son bonheur, il a marque' sa visite par ces vers :
Vallon! j'ai bien souvent laisse dans ta prairie, Comme une eau murmurante, errer ma rôveric.
Je n'oublirai jamais ces fugitifs instants; Ton souvenir sera dans mon âme attendrie, Comme un son triste et doux qu'on e'coute longtemps!
Tous les contes de fe'e finissent par une moralité. x\I. Pierre Foucher termine ainsi le récit du mariage de sa fille Adèle î
« Il y a neuf à dix ans de cela. Adèle est mère de quatre enfants charmants. Victor Hugo, dans un état de fortune rassurant,' est une des grandes célébrités du siècle.. * Pourtant je nei suis pas tranquille ; sa gloire importune bien du monde. Il a contre lui les académiciens, et toute une école littéraire. Ses ennemis sont parvenus à le
« 36 VICTOR HUGO INTIMK
commettre même avec le gouvernement
ils ne reculeront devant aucun moyen II
veulent le perdre dans le public et Jusqu
t parmi les amis des mœurs, eux qui or
produit Joconde sur notre scène ; eux, le
continuateurs de la littérature matérialist
I du XVIII* siècle, les adorateurs du chantr
de la -P//ce//e, les admirateurs de la Guerr des Dienx^ les prôncurs de Faublas et le disciples de Diderot ! ^ « L'hypocrisie de ces hommes me fai
; peur autant que leur crédit. Il faudr
\ toute la force, tout le sang-froid de Victo
s Hugo pour qu'il ne succombe pas dan
i cette lutte. Puissent les chances du comba
} ' le bien convaincre que le plus beau triom
I phe serait celui qui se rattacherait à l'em
I pire des sentiments religieux. Il sait s
bien les exprimer. »
M. Foucher parle des sentiments reli gieux de son gendre ; ne sont-ils pa
restés les mêmes, aussi vifs, aussi puissants à toute époque, à toute heure même de sa vie ? Dieu, l'immortalité, n'est-ce pas sa foi profonde et invétérée ? M. Foucher n'at-il pas tressailli de joie, s'il a pu entendre au delà du tombeau, résonner cette magnifique lyre qui, hier encore, trouvait de tels accents :
Humanités dans tous les espaces semées, Liguez-vous; dressez-vous, innombrables armées.
Et de'clarez la guerre à Dieu!
Soit. Luttez, attaquez cet être inabordable, Cet infini si doux qu'il en est formidable,
Et si profond qu'il en est bleu!
Mesurez-vous, vous l'ombre, à lui la plénitude. Vous aurez, ô passants, légions, multitude.
Assiégeants de Timmcnse tour, Essaim tourbillonnant autour du grand pilastre. Vivants, avant qu'il ait usé son premier astre,
Dépense votre dernier jour!
Victor Hugo religieux, c'est-à-dire spîritualiste et déiste. Hier et toujours. Mais M. Foucher aurait voulu que son gendre
fut catholique d'abord. Le déisme j lui n*était qu'une circonstance attcnu.
Voltaire, pensait-il, n*était pas religi parce qu'il faisait élever à Ferney un pie avec cette dédicace : Deo erexii taire.
Hugo s*est expliqué maintes fois si sujet; il faut relire les vers de .VA Terrible :
O pritrc! s*il s'agit de ce quelqu'un profoiiJ, Que les religions ne font ni ne dcfont, etc.
t^uisquc M. Foucher vient d'enjaT \ d'un premier bond une dizaine d'anné
; la vie de son gendre, j'abandonne un
\ ' ment ses Sourenirs et je fouille dan;
,^ liasses de sa Correspondance, un pc
hasard.
. Le 2 août i83o, il écrivait à ma (cette lettre porte le timbre de Moni l'Amaury, 3 août i83o) :
Il El» I ,
VICTOR HUGO INTIME 3g
Montfort-rAmaury, 2 août, à deux heures après-midi.
« Ma chère sœur , j'ai trouvé à louer un cheval à La Queue. Je suis ici depuis midi.
c( Adèle loge avec Victor et les enfants chez un épicier, il n'y avait pas de chambres libres chez M""' S. Tout le monde se porte Men, y comprise la « caliborgne » qui a .suivi Adèle avec Adélaïde. Il n'est pas question d'accouchement. Cela viendra en son temps.
« Le Roi et la famille royale étaient encore ce matin à Rambouillet avec 4,000 francs seulement. On négociait encore avec Paris et il y a, dit-on, quelques chances pour le duc de Bordeaux sous la régence du duc d'Orléans. Du reste plus de possibilité de résistance.
« La duchesse de Berry était en homme, ayant une redingote verte et un chapeau rond.
« On ignore où le Roi se réfugiera.
J^aL.
« Je tiens ces détails d'une personne qu arrive de Rambouillet. »
« Cela viendra en son temps » , di M. Foucher. Il s'agit de la naissance de 1 petite Adèle, quatrième enfant de Victc Hugo, qui allait faire son entrée dans la vi( Les deux sœurs !... Didine et Dédé, ain I les appelait-on dans leur première enfanci
\ avaient la grâce et le battement d'ailes d(
petits oiseaux qu'un rien effarouche ; c elles revivait l'aurore de leur mère et ( j ' leur père, couple radieux; les deux garçon
cf beaux, frais, souriant d'aise à cette v
amère » , étaient le flamboiement du logi
« Mes deux filles ! » a chanté Vict
Hugo. Ah ! qu'il était fier de ses filles !
j Combien d'années pouvaient-elles compi
\ ' à elles deux, lorsqu'en juin 1842, à
î Terrasse, près Enghien, leur père, hc
j reux et attendri, fit pour elles ces dix v(
' qui composent un divin tableau :
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