‹ Victor Hugo intime. Mémoires, correspondances, documents inéditsChapitre 3 sur 10 · SONNET DE JOACHIM DU BELLAY · texte numérisé non relu

SONNET DE JOACHIM DU BELLAY

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, Ou comme celui-là qui conquit la toison, Et puis est retourne', plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge!

Quand reverrai-je, he'las! de mon petit village Fumer la chemine'e, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison Qui m'est une province et beaucoup davantage.

Plus me plaît le se'jour qu'ont bâti mes aïeux Que des palais romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loyre gaulois que le Tibre latin, Plus mon petit Lire que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la douceur angevine.

VICTOR HUGO INTIMi: f>3

Dernière lettre de M. Pierre Foucher sur le mariage de Victor Pavie :

Angers, 6 août i835.

« Enfin, ma bonne petite sœur, nous voilà de retour de la campagne de Saint- Barthélémy où nous venons de fonctionner à la dernière fête du mariage. Dans cette campagne qui appartient aux Pavie, le maître de la maison avait fait dresser sous une longue tente, une table où nous nous sommes assis, au nombre de soixantehuit. Le coup d'œil e'tait vraiment imposant, presqu'une féerie, lorsqu'on a allumé les lampes et les lampions, car nous mangions encore quand la lune est venue remplacer le soleil. Adèle a soutenu dignement la réputation qui l'avait précédée.

Quand à table, la fraîcheur de la nuit s'est fait sentir, et qu'elle a mis son capot noir sur sa tête, les regards restaient fixés sur elle... Pour mon compte, voyant cet

accoutrement, avec ses longs et touffus cheveux noirs sur les deux joues, et ayant près de moi des personnages à noms historiques, je me croyais ou voulais me croire dans une réunion de gens du temps passé.

« Une autre dame, jeune et mariée depuis huit jours, parait aussi le festin : c'est une madame de Perochel, belle blonde vêtue de noir, au diadème d'or et au collier de camées. Il y a dans cette personne une noblesse et une sérénité qui tenaient Sainte-Beuve en admiration. Il l'a proclamée la « Déesse de la nuit. » Elle luttait, dit-il, de calme avec la lune qui, aussi elle, nous regardait.

« Le surnom d'Adèle est « Mmc Maineet-Loire », ainsi l'a voulu M. David, qui, pour la bonté, la fertilité, la douceur, ne voit rien de comparable à son département. Vous savez qu'il est d'Angers.

« Nous avions pour voisins à table un

M. de Contades et M. de Blanclerc, oncle de la déesse de la nuit ; vous voyez que les illustrations provinciales ne nous manquaient pas. Ces propriétaires angevins sont riches, et leurs femmes ne se plaignent pas les diamants. La petite robe brode'e d'Adèle n'était rien près de toutes ces pompes ; mais on mettait la simplicité de sa mise sur le compte de l'élégance

parisienne

« M. de Sainte-Beuve a augmenté la solennité de la fête par la lecture d'une longue pièce de vers. Vous connaissez sa manière; voici quelques bribes de sa lecture :

A d'autres, cher Pavie, en ces joyertx moments, Au milieu des flambeaux, des fleurs et des serments, Où s'exalte un si pur de'lire

C'est la pièce des Petisées d'août : « Aux

Rangeardières, près Angers, 4 août 1 835 »,

que Sainte-Beuve a récitée à ce banquet.

M. Foucher en avait saisi à la volée, « quelques bribes », suivant son expression ; au lieu de s'exalte un si pur délire , c'est exhale qu'il aurait dû entendre. Il continue ses citations un peu décousues avec une mémoire qui le sert mal; mais en relisant aujourd'hui cette poésie de Sainte-Beuve, on comprend que, surtout au milieu de l'animation d'une pareille fête, elle a dû paraître aux convives, et même aux jeunes époux, légèrement embrouillée, et quelque peu mortelle.

« Vous voyez, ajoute M. Foucher, que c'est de la poésie intime, et qu'il faut connaître pour bien comprendre, et le poète et celui à qui il s'adresse. C'est pour cela que je ne vous donne qu'un échantillon du morceau.

« Un autre jeune poète, arrivé de Paris, a payé son tribut; mais cela vous importe peu.

« Les vers nous pleuvent ; nous en avons de nouveaux de Victor Hugo. Il va, ou plutôt vague, de Château-Thierry à Laon, de Laon à La Fère, et de là à Saint-Quentin. Sa dernière lettre est datée de La Fère. Il en veut toujours aux auberges. Voici un passage de cette lettre :

« Tout est beau à Laon, l'église, les « maisons, tout, excepté l'horrible auberge « de « La Hure » où j'ai couché, et sur le « mur de laquelle j'ai écrit ce petit adieu :

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