‹ Victor Hugo intime [par] Mme. Richard LesclideChapitre 11 sur 41 · CHAPITRE V UX GOL\ DE LA VIE GUERNESIAISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V UX GOL\ DE LA VIE GUERNESIAISE

En quittant la maison du poète, écrivait Richard Lesclide, on gravit Hauteville street, voie montueuse et rapide où les voitures parviennent difficilement. On arrive lentement à une esplanade verdoyante sur laquelle le fort est construit. Une aimable surprise nous y attend. C'est jour de fête, et la prairie présente un aspect singulièrement animé.

Ce ne sont que des groupes de beaux officiers habillés de rouge, ce ne sont qu'escouades de belles demoiselles qui portent en sautoir un arc plus grand qu'elles. Ces amazones ont un aspect très fier. On nous raconte que la garnison du fort, ou plutôt son colonel, donne de temps en temps des fêtes aux dames de l'île. Un orchestre militaire fait, en effet, grand bruit au /bout du pré. L'Angleterre doit bien cela aux guernesiaises.

Il faut dire que l'occupation anglaise a frappé cette île d'une morne stérilité. La race d'origine normande qui la peuple n'y trouve pas matière a son activité. Dès que les jeunes gens ont atteint

leur vingt] ciiic année, ils disparaissent, s'engagent, éniigrenl vers tous les points du monde et notannnent vers l'Inde. La population féminine de File reste abandonnée. Les maris y font prime et sont regardés comme des curiosités. La garnison de Guernesey essaie de distraire les dames de cet état de choses en donnant des concerts et des bals, mais elle ne peut pas épouser tout le monde. La réputation de l'île est telle, à cet égard, qu'on parle encore, nous dit Victor Hugo, d'un régiment mal élevé qui se fit précéder d'une annonce, insérée dans la gazette de Saint- Pierre. Voici la teneur de cette annonce :

Le rcguncnt qui va prendre (jarnison an luit Georges prévient respectueusement les dames de Guernesey, veuves et demoiselles, que sous aucun prétexte il ne contractera de mariage dans Vîlc.

Victor Hugo affirmait que riiistoire était authentique, et tous les Guernesiais peuvent la raconter. Je ne sais quelle fut la réponse des dames, mais j'espère bien qu'elles surent punir ces soldats peu galants. Ceux-là n'avaient certainement pas dans les veines du sang de GuiUaume le Conquérant.

Les dimanches des pays soumis à la religion réformée sont pour les profanes une source d'étonnements toujours nouveaux. On sait avec quelle rigueur on observe, en Angleterre, la loi du repo.'^

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