UN COIN DE LA VIE GUERNESIAISE
dominical. L'île de Guernesey, profondément religieuse, semble enchérir encore sur ces pratiques dévotes.
Tout se ferme, tout se clôt, tout s'endort, quand arrive le saint jour. L'île semble déserte, excepté aux heures où l'on se rend aux chapelles — dans la proportion de trois cents pour mille habitants — et où l'on en revient. Et Ton y va tout droit, sans se laisser détourner par une distraction quelconque. Le reste du temps, on s'enferme pour lire la Bible en famille.
Victor Hugo raconta à table que se promenant un jour férié, en compagnie de son ami Vacquerie, dans les parages d'Hauteville-House, il vit s'agiter violemment un livre derrière les vitres d'une fenêtre. C'était la leçon que lui donnait une âme pieuse.
Cette anecdote n'est rien auprès du récit qui va suivre. Bien que l'aventure, arrivée à une- grande dame, ait eu beaucoup de retentissement à son heure, elle est à peu près inédite. C'est une simple histoire qui pourrait s'appeler : Comment la reine Victoria, abandonnée de son jjenple, fut accueillie par Victor Hugo dans l'île de Guernesc]]. — Le titre est un peu long, mais il ne promet que ce qu'il tient, et la chose mérite d'être contée.
La reine Victoria, que les Guernesiais acceptaient pour protectrice au titre de grande-duchesso de Normandie, voulut un jour donner aux habi-
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lanls de celle île fleurie des témoignages de sa royale faveur. Il est bon que les rois comptent avec la popularité. La statue de rexcellent prince Albert fut érigée sur le port de Saint-Pierre do Guernesey et la population fit avec plaisir sa connaissance. On ne s'arrêta pas en si bonne voie. Sa gracieuse Majesté décida qu'elle irait en personne visiter ses fidèles sujets et voir Teffet que faisait le bronze de son auguste époux, dressé en face des flots irrités.
L'île fut bouleversée à cette nouvelle imprévue. Le fort Georges se mit sous les armes et les chevalières de l'arc — il y en a de charmantes — s'équipèrent à la dernière mode française, modifiée toutefois par l'arc, les flèches et le carquois qui sont leur parure obligée. Moitié femmes, moitié amours.
Tout fut organisé pour donner un éclat solennel à la réception royale, qui devait avoir lieu un samedi, à deux heures de relevée. La souveraine quitta Londres au jour convenu. L'exactitude est la politesse des rois.
Malheureusement, la mer ne se prêta pas aux arrangements officiels. Le steamer qui portait la noble visiteuse devint, à peine entré dans la Manche, le jouet d'une effroyable tempête. Il fut impossible d'atterrir pendant la journée du samedi et le navire dut prendre le large sous peine d'être jeté sur les récifs qui font de l'archipel normand une des mers les plus dangereuses.
Tout un grand jour se passa ainsi. Mais les