LA RECHUTE DU 13 OCTOBRE 113
Mariette ne se décida donc qu'au dernier moment à trahir son maître — dans Fespoir de le sauver.
Ce qu'elle redoutait le plus pour lui, c'était la rentrée à Paris et le retour de Victor Hugo à ses anciennes galanteries. Il avait à cet égard des idées arrêtées. Malgré les surprises et les surveillances de sa vieille amie, il était en correspondance avec trois jeunes personnes — dont une inconnue qui lui écrivait fréquemment — et Mariette était convaincue qu'il ne s'en tiendrait pas à cette correspondance sentimentale. Blanche R. et Eugénie L. ne suffisaient pas pour occuper les rêves du poète. Il fallait une troisième idole : cette . inconnue qu'il brûlait de voir à Paris, où il parlait de rentrer, ^'oilà pourquoi il ne voulait pas être malade, — de crainte d'être retenu. Cette situation promettait de beaux éclats pour l'avenir.
Le lendemain, au déjeuner, comme l'aïeul, voulant faire le bon compagnon, mangeait d'un excellent appétit — Victor Hugo était, on le sait, une belle fourchette — les convives constatèrent qu'il avait le visage très coloré, l'œil abattu et qu'il par-, lait à peine. Par une supercherie assez naïve, qui réussit pourtant, M. Lockroy se plaignit de douleurs imaginaires et demanda qu'on invitât à dîner le docteur Corbin.
L'excellent homime, mis au fait par un mot, promit de venir le soir même. Il recommanda expressément d'empêcher le véritable malade de sortir.
Il fallut toutes sortes d'histoires pour faire man-
quer la i)rniiiona(lo du tanlôt, pomianl on y parvint.
L'après-iiiidi, dans la scrro, le i)oèl(' piJa son secrctaii'c de lui lire La Lwu\ de Michel, un volume plein d'extravagances qui l'amusaient surtout parce qu'elles agaçaient son entourage.
Car il y avait des jours où le grand homme semblait se dire, comme Bouchencœur regardant sa femme du coin de l'œil, le soir de ses noces : ~ Qu'est-ce (jue je pourrais donc bien faire pour lui être bien désagréable?... I^ioudirncœur arborait une vieille pipe. Victor Hugo, qui n(^ fumait pas, n'était jamais à court de moyens.
Il était précisément dans un de ces jours-là. AP^ Lockroy, en femme lettrée et subtile — elle n'était pas pour rien la pupille de Jules Simon — et qui rêvait déjà de hautes destinées politiques pour son mari, alors député des Bouches-du-Rhône, — NP" Lockroy proposa de remplacer les inepties de La Lune par Hommes et Dieux, de Paul de Saint-Victor et indiqua le chapitre intitulé : UEspaçjne sous Charles IL
Au bout d'un quart d'heure, M*"^ Drouet interrompit la lecture sous prétexte que Ruy-Blas dit les choses intniiment mieux que l'auteur.
On n'insista pas.
M'"^ Lockroy sortit avec ses enfants et son mari.
M'"« Drouet profita de ce téte-à-tête relatif pour déployer toute sa sensibilité. Bien qu'elle fût très sincère dans ses sentiments, rien n'était plus dangereux pour son ami que ces effusions où elle