‹ Victor Hugo intime [par] Mme. Richard LesclideChapitre 22 sur 41 · LA RECHUTE DU VA OCTOBRE · texte numérisé non relu

LA RECHUTE DU VA OCTOBRE

lui déclarait qu'elle mourrait avec lui, le couvrait de caresses et de baisers et jouait de bonne foi tout un acte de drame, qui laissait le poète en proie à toutes les épouvantes,

A la suite de cette scène de sentiment qui l'avait profondément affecté, Victor Hugo demanda du papier, et se mit à écrire. C'étaient des vers qu'il traçait au courant de la plume. Il y en avait vingtdeux; il ne permit pas qu'on les lût.

Il déclara, le soir, avoir fait quelque chose de bien dont il était content. C'était la première fois qu'il se mettait ouvertement au travail depuis la fm de juin.

Il s'agissait des raccords de Toute la Lyre.

Le docteur Corbin vint dîner avec sa femme et deux de ses filles, M"^ Rose et AP^ Kennedy, jeune veuve d'un officier mort aux Indes.

La soirée fut assez gaie, mais le bon docteur dut faire preuve d'une diplomatie machiavélique pour amener l'illustre malade à parler des troubles dont il souffrait, car il ne fallait pas compromettre Mariette. Il démontra incidemment à son amphytrion que son état pouvait être grave ; il le décida à prendre des précautions et à se laisser poser des sinapismes, médication dont M. Corbm dut faire une démonstration théorique. Mais ce n'est pas sans difficulté que le poète se prêta à cette petite opération dont M^^ Drouet voulut se charger. Comme complément à son ordonnance, M. Corbin défendit les promenades et les excur

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sions. En revanche, il recommanda de distraire le malade à tout prix.

Comme si c'eût été chose facile !...

On ne pouvait guère intéresser le poète qu'en réveillant ses fibres paternelles.

On se proposa donc de donner aux enfants une grande séance de lanterne magique. La gaieté expansive de cette aimable jeunesse avait quelque chance de réagir sur l'esprit d'un aïeul que la vie avait tour à tour terriblement malmené et follement gâté, — car tout s'équilibre — tout en lui laissant dans sa fraîcheur exquise son amour vibrant de l'enfant, à la fois lumière et pureté.

La seule espérance de succès portait donc sur ces deux têtes souriantes : Jeanne, Georges.

On courut bien vite aux Arcades chercher tous les accessoires indispensables à Texéculion du programme projeté.

Sur ces entrefaites, ]VP^ Drouet ouvrit le Rappel et, avec ua manque d'à-propos vraiment étrange chez une personne de son expérience et de sa valeur, se mit à lire à haute voix, dans tous ses détails, la mort de Dupanloup, son accès, sa maladie, l'arrivée tardive du médecin, le cadavre, l'embaumement, le cercueil de chêne et le cStcueil de plomb, etc., etc..

Les personnes présentes se regardaient, abasourdies.

Cette façon d'amuser les gens était plutôt bizarre.

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Victor Hugo, rêveur, écoutait la lecture.

Tout à coup, il fut pris d'une syncope dont la robe de velours de « Roumé » reçut le contrecoup.

On venait de se mettre à table, on mangeait des soles.

— • C'est une arête! cria AP"^ Drouet, tâchez d'avaler!

Mais le Maître n'avait pas touché au poisson qu'on lui avait servi.

M'"^ Lockroy, qui était vraiment admirable, et les enfants firent preuve d'héroïsme : ils tinrent bon.

« Roumé )) se sauva pour réparer les désastres de sa toilette ; quant à M. Lockroy, il s'enfuit épouvanté.

M. Lesclide, Mariette et Lizzy soignèrent le poète, l'assurant que cet accident n'avait aucune gravité. On répara le désordre de la table où le Maître, très affecté, reprit sa place dès que la crise fut calmée, mais il ne mangea pas.

M. Lockroy, qui s'était décidé à rentrer, et Richard Lesclide mirent tout en œuvre pour égayer la situation, — hélas! sans grand succès.

Le docteur Gorbin venu « par hasard » donna à.son malade une assez longue consultation, puis vint causer avec les siens.

D'après lui, la congestion cérébrale constatée à Paris se transformait en congestion pulmonaire. D'oi^i. les crachements de sang par lesquels la nature cherchait à se dégager. La chose n'était pas

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dangereuse par elle-même, mais il fallait y veiller.

Le docteur croyait en outre que tous ces désordres de mauvais augure annonçaient la prochaine désorganisation d-o cette puissante nature, ce en quoi il se trompait connue tous ses confrères.

A la suite de cette indisposition, d'apparence bénigne, Victor Hugo fut de nouveau en proie à des crises d'abattement qui le rongeaient.

Il ne cachait pas à Mariette son état d'àme...

— Il faut toujours finir! lui disait-il avec des gestes las. Que ce soit d'une manière ou d'une autre, aujourd'hui ou demain, qu'est-ce que ça fait?

Ces discours affligeaient fort l'excellente créature, dévouée comme un chien de garde à son vieux maître.

Dans le salon rouge, après le dîner, le poète avait des moments d'accablement mortel. Il posait alors son front sur ses mains appuyées au manteau de la cheminée et, incliné, mais dclnjul, il restait longtemps imniobilc dans l'attitude d'une statue.

Quand il se relevait, il était absolument sombre.

Que faire pour combattre cet état morbide?

Arriverait-on miMue à toucher raïcul par les petits-enfants?...

Il fiillait tout tenter contre le spleen qui assoni- Ijrissait toute la maison.

Et, malgré la tristesse que la mélancolie de Vie tor Hugo étendait sur ceux qui l'aimaient, on

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