‹ Victor Hugo intime [par] Mme. Richard LesclideChapitre 25 sur 41 · ON EST DANS L'ALHAMBRA DE CORDOUE · texte numérisé non relu

ON EST DANS L'ALHAMBRA DE CORDOUE

encore faut-il des écriteaux, des pinceaux, des couleurs, — • ou tout au moins du papier, une plume et de l'encre.

On tint conseil. Il fut décidé qu'on dépasserait Shakespeare et qu'en quelques paroles cordiales, le premier acteur entrant en scène confierait au public dans quel milieu se passait l'action. Quant aux machines, car la pièce était fort compliquée et comportait des naufrages et des accidents météorologiques, on convint de se servir, pour ces effets de scène, de la première chose qui tomberait sous la main, s'en rapportant d'ailleurs à l'indulgence des spectateurs.

Cependant l'heure s'avançait. Les gens de la maison, bonnes, cuisinières, femmes de chambre.

I2i» VICTOR HUGO INTIME

en 1111 mut tout lo personnel avait pétitionné pour assister à celle soirée de gala. Quelques voisins sans l"ai.'oii, les amis dont le concours n'avait pas été requis, occupaient déjà les sièges alignés dans le salon du Bucentaure.

Le poète arriva avec sa fidèle amie et prit place, comme autrefois le roi Louis au théâtre de ^'ersailles, en face du Irou du souffleur. Seulement, il n'y avait pas de souffleur, les acteurs ne sachant pas la pièce.

On ne fait attendre ni les poètes, ni les rois, et dès que le maître de la maison fut assis, les trois coups traditionnels retentirent et la toile se leva, c"est-à-dire que la lourde tenture en soie de Chine qui sépare les deux salons s'ouvrit. L'illustration du principal spectateur nous fait un devoir de conserver à la postérité le scénario de ce drame improvisé, qu'il serait d'ailleurs impossible de trouver dans aucun recueil d'aucune bibliothèque. Donnons-en donc une analyse succincte, en commençant par la nomenclature des tableaux.

1" La demande en mariag»^ ;

2*" Camille au pain sec ;

S"" Enlèvement de Camille ;

4° Naufrage de Camille ;

5° L'île déserte ;

6" L'alcazar de Séville ;

7° Camille dans le souterrain ;

8" et 9° L'auberge de la Tourte aux chats. — Cosette ;

10" Le mariage de Camille.

Passons à l'exposé du drame, tel que nous l'avons retrouvé dans les papiers de Richard Lesclide :

i'^'' TABLEAU. — Le burg de don Pèdre — Don Pèdre, burgrave, Espagnol, raconte à son fidèle serviteur, Barnabe, les ennuis que lui donne sa pupille, Camille. Cette jeune personne lui a été confiée par son père, partant pour la Syrie, — avec une dot considérable. Le père, en s'éloignant, a recommandé à don Pèdre de marier la jeune fille, dès qu'elle serait en âge, à son cousin, le vertueux Almaviva.

Mais, don Pèdre a mangé la dot et, pour s'éviter des règlements de comptes, il veut marier Camille à un de ses voisins, le marquis Testalunga, qui se porte très bien, quoiqu'il ait cent ans.

C'est ce qu'il signifie à Camille qui entre, suivie de sa soubrette, Paquita.

Paquita met la table.

. Camille refuse d'épouser le vieux marquis, qui arrive pendant le repas. Il est orné d'une longue barbe blanche.

Don Pèdre, furieux, fait enfermer l'héroïne dans la Tour du Nord, au pain sec.

2°"' TABLEAU. — La i^rison du Burg. — Camille cherche à se consoler des ennuis de sa captivité en essayant d'apprivoiser sa poupée nageuse, qui ressemble à une énorme araignée.

Paquita met la table, pour y dresser le pain sec, auquel elle ajoute des confitures en voyant le désespoir de sa maîtresse.

Elle lui apporte en ouk^e un billet doux, ainsi conçu, du vertueux Alnmviva :

(( 0 Camille !... Ton papa nous a uni;3 avant son i( dépari pour la S^Tie. Je me fiche de ton tu- H leur. Fiche-t-en aussi. C'est un gros bonhomme. (( Allons nous-en tous deux. Apporte de l'argent (( et du linge, je n'en ai pas. Tout ce que je te dece mande, c'est de ne pas m'embrasser dans (( Toreille : ça m'étourdit.

(( Le vertueux Ahnaviva. »

Au même instant, un chant se fait entendre au pied de la tour. C'est Almaviva qui conjure Camille de descendre. Mais elle refuse, parce qu'elle n'a qu'une robe courte et qu'on verrait ses jambes.

Almaviva, désespéré, part pour toujours et Camille tombe, évanouie, dans les bras de Paquita.

3me TABLEAU — Lcs jardius du Burg. — Almaviva s'est ravisé; il rôde dans les jardins du burg et rencontre le fidèle Barnabe, qu'il décide à trahir son maître en le couvrant d'or — dès qu'il en aura. Tous deux simulent une partie de cachette et se courent après.

— Fait... Ah! le voilà!...

Camille entend cela du haut de la tour, et comme elle a envie de jouer, elle descend avec J^Kliiiia. Barnabe leur ouvre la porte.

Paquita met la table.

Almaviva continue la partie et va se cacher de plus en ]iliis loin chaque fois, si bien qu'il entraîne au dehors l'infortunée Camille. Barnabe et Paquita les suivent.

Don Pèclre, instruit de leur fuite, se concerte avec le marquis Testalunga. Celui-ci lui confie qu'il est aussi chef de brigands, et il appelle ses hommes pour poursuivre les fugitifs.

4me TABLEAU — Naufrage de Camille. — Almaviva, Camille, Barnabe et Paquita se sont embarqués pour fuir -leur tyran. Ils sont sur un canot, en pleine mer, menacés par la tempête. Ils chantent une barcarolle « Sancta Lucia » pour attendrir le ciel.

Le ciel ne s'attendrit pas. la tourmente se dédia aie.

Paquita met la table, mais elle introduit des baquets dans le service, à cause du mal de mer qui ne peut tarder à se faire sentir. On n'attend que le bencdicite pour être malade.

La tempête redouble; le canot est foudroyé. Les naufragés se dispersent à la nage dans toutes les directions.

5"^ TABLEAU — L'île déserte. — Paquita met la t;d)le. <{ui ne Ta jamais quittée et grâce à laquelle elle a échappé au naufrage, le meuble ayant fait rofflce d'un radeau. Elle aperçoit ses jeunes maîtres conduits par Barnabe. Le flot les a jetés sur une île déserte où il n'y a rien à manger.

Ils subissent les tortures de la faim et se décident à tirer au sort à qui sera mangé! Le sort tombe sur Camille. Almaviva demande à être mangé à sa place. Combat de générosité. Enfin, Barnabe qu'on paie bien pour cela, s'offre à

r(Mn]»l;icei' ('aiiiillc On va le découper lorsqu'arrive IcriDile de la vallée.

Le bon ermite offre aux naufragés des navets qu(* Pa(]uila uid sui- la table. On les dévore. Les infortunés sCiidoniKmt dans une sécurité trompeuse en bénissant leur sauveur.

Tout à coup des coups de silTlet retentissent. Les fugitifs sont cernés par uu(> troupe de brigands. Ils veulent se réfugier (l.in< la grotte de Termite, mais celui-ci n'est autre que don Pèdre, (]ui les livre à Testalunga. Les fenunes s'évfinouissent. Barnabe se sauve. Le veilueux Alniaviva combat à Vhâchc — comme disait Camille — contre le tuteur et le marquis, et chasse les brigands en les bombardant avec des navets.

Il demj.'ure maîli'e du eli;Niq> de balaille. mais le lieu n'est pas sûr et Ton décide de. partir pour Seville.

6^ Tableau : LWlcazar de SéviJIe. Les deux amants, réfugiés dans Talcazar de Séville, dansent le fandango pour gagner quelque argent et payer leui's dépenses. Paquita niel la table. Camille fait la quête et remar(|ue que des visages sinistres se sont mêlés aux spectateurs. Elli^ a peui'. Alniaviva la lassure et jure de ne pas la ([uittcr.

Mais Haiaialx' rappelle. Il faul (|u"il aille donner une signature ixuir une Ielh-e cliargée. Deux incoinnis i>rotitenl du nionienl où Paipiila lonrne le dos. eii\c|()i)])enl C-amille dan> un \oile (|ui ('hailTe ses cris et Tenlèvent.

T*' T\i!i.iv\r : Cdmilh- (hms le sfmlerniin. Cauulle

s'ennuie comme une croûte de pain derrière une malle au fond du souterrain où on l'a plongée. Elle craint de voir entrer la Mômôme, revenant dont on lui faisait peur quand elle était petite. Elle se chante une petite chanson pour se distraire.

Entre la fille du geôlier qui met la table, Camille ayant conservé au milieu de ses malheurs un excellent appétit. — ■ O Ciel ! elle reconnaît Paquita. Elle prévient Camille qu'un complot s'est formé pour la délivrer.

En effet, deux soldats ivres, arrêtés pour tapage nocturne, sont poussés dans le souterrain. Frayeur des deux femmes. Mais, ô joie ! c'est Almaviva, c'est Barnabe !... On pratique une brèche aux murs du cachot. Au même instant des pas se font entendre dans le corridor. Almaviva et Camille dansent la gigue pour détourner les soupçons. On revient à la brèche ; on retourne à la gigue.

On s'évade enfin. Merci, mon Dieu ! Le marquis et don Pèdre arrivent et trouvent le cachot vide. Leur fureur.

8^ et 9^ Tableau : L'Auberge de la Tourte aux chats, — Cosette. Don Pèdre, déguisé en aubergiste, s'est placé sur le passage des fugitifs. Testalunga et les brigands sont dans sa cave. Il les tient, cette fois ! Arrivent les jeunes fiancés, Paquita et Barnabe, mourants de faim et de fatigue. Paquita met la table. On mange, Barnabe demande du vin. Plaisanteries sinistres de l'hôte avant d"nuvrir la cave. Almaviva se défie, refuse

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le vin. Tiisk'sse do Barnabe. Le repas s'achève. L'Jiùle s'en va.

On .se couche, Paquita et Camille à gauche, Alina.viva et Barnabe, à droite. ]^ai'nabé se relève quand il juge tout le monde endormi et descend à la cave pour boire.

Il remonte, effrayé, cl prévient son jeune maître : il a vu les brigands plongés dans un piofond sommeil.

Alinaviva prend des armes et ils descendent tous deux dnns la cave. Entrée de l'hôte — don Pèdre — qui ferme la trappe avec un cadenas et qui déclare à Camille, épouvantée, (pfelle est en son pouvoir. Bruit dans la cave. Camille s'évanouit devant ces menaces inhumaines et don Pèdre et le marquis précipitent Almaviva dans un ravin dont on n'a jamais vu le fond. Camille revient à elle pour assister à ce ci'ime horrible. Elle en a les nerfs telhmient agacés qu'on est obligé de la donner à garder à un spectateur — à Victor Hugo lui-même.

— Monsieur, s'écria don Pèdre, en déposant la j)iis<)nnière sur les genoux du Maître, je vous conlie mademoiselle jusqu'il Tacte suivant. Yous m'en répondez, car je dois la juger et la condanmer tout à l'heure. Il ne s'agit pas de l'embrasser, mais de l;i ,i;-;ti'(l('r ('1 l'oitement. Si elle se sauva il eucoi'e, commeni Unirions-nous la pièo^ ?

Ce mouvement hardi, inusité au tliéàlr(\ eut un succès prodigieux et c'est iiinsi rjue l'héroïne passa tout un enlr'nctc dans les bras de son ,îirnnd-père,

fort étonné de remplir dans Touvrage un rôle imprévu... On ne se rend peut-être pas assez compte des difflcultés de toute nature que l'auteur avait eues à surmonter dans la composition de son scénario. Ainsi, Nr-® Jeanne, qui avait vu jouer Les Misérables à Paris, quelques mois auparavant, avait dit péremptoirement :

— Je veux jouer le rôle de Gosette.

— Mais, mon enfant, vous jouez déjà le rôle de Camille.

— Ça n'y fait rien.

Il est un moyen excellent de faire entendre raison aux enfants, et Victor Hugo nous l'a enseigné dans VArt d'être grand-père, c'est de leur céder.

Il arriva, en effet, qu'en dirigeant l'auberge de la Tourte aux chats dans un but occulte, don Pèdre prit goût à son métier d'aubergiste et voulut continuer à l'exercer, en prenant toutefois le nom de Thénardier, à cause de scrupules de famille.

Camille, menacée du souterrain, prit à son tour le nom de Gosette pour aller chercher à une source éloignée l'eau qu'on employait dans la maison.

On voit jajllir de cette combinaison ingénieuse la touchante scène de Gosette sous bois, que l'aimable fillette interprétait avec un sentiment exquis. Elle ployait sous le fardeau, quand le seau d'eau lui était enlevé par une main secourable. Ce ne fut peut-être pas Jean Valjean qui intervint, mais une figure vénérable et sympathique qui ter-

l'iOa Thénardier et couvrit l'onfant abandonnée d'iuK^ protection attendrissante. Celle du marquis. II einiiiène lliéroïne et laisse une letti'c pour don J^èdre.

Don Pèdre, qui attend Teau de Cosctte pour se faire la barbe, rentre et lit la lettre du marquis, qui est énigmatique et presque menaçante. Le marquis lui reproche de Ta voir ou])lié dans la cave, lui et toute sa bande.

Don Pèdre se l'avoue à Ini-iuème, mais c'est qu'il avait peur qu'Almaviva ne sortît. Il se décide à aller voir le marquis pour se remettre bien avec lui.

10® T.ABLEAU : Le mariage de Camille. Il nest plus temps de dissimuler, car la pièce touche à sa fin; don Pèdre croit reconnaître son complice Testalunga dans le sauveur mystérieux de Camille, mais la barbe blanche du maniuis se détache et l'on reconnaît le père de Camille, qui a emprunté ce déguisement pour veiller sur sa iille à l'insu de tous. Il n'a soumis son enfant à tant d'épreuves que pour faire éclater sa vertu. Il la marie à son ami Almaviva. Quant à don Pèdre, le tuteur infidèle, il est condamné à cacher sa honte dans le souterrain où on le confine.

r^amboula échevelée de Barnabe, iiui ne sait comment exprimer sa satisfaction.

Telle est l'analyse vague de ce drame considérable, qui a été couvert d'applaudissements. Tout le monde a été rappelé et l'auteur a dû venir recevoir en personne les félicitations de l'auguste

assemblée. Les costumes de i\r-® Jeanne étaient d'un goût exquis. Au dernier acte, elle était ravissante dans sa longue robe de mariée, et dans l'épisode de Cosette où elle a cherché un refuge dans les bras de son illustre aïeul, elle s'est montrée à la hauteur des circonstances.

Paquifa, quoiqu'elle n'eût pas raccourci suftlsamment sa jupe, a été fort gracieuse dans son rôle de soubrette et a très bien « mis la table ». Un peu d'embarras seulement.

Le jeune Almaviva s'est attribué une grosse part d'éloges.

Il s'est révélé danseur émérite et fort joli garçon, bien qu'un peu froid dans les scènes d'amour. Il n'y aurait eu aucun danger à le laisser aller avec Camille au bout du monde. Il a, néanmoins, manqué parfois de tenue, notamment dans la scène du naufrage où il s'accrochait comme à une épave au derrière de sa fiancée. On ne s'explique pas non plus comment la jeune Camille, après avoir craint d'abord de montrer ses jambes, a fait diverses cabrioles infmiment plus indiscrètes. Mais personne ne s'en est plaint.

Les honneurs de la soirée sont revenus à M. Edouard Lockroy qui, dans son triple personnage de vieux marquis, chef de brigands, père de Camille, fit vibrer toutes les cordes de la lyre. Un masque superbe, une voix sonore, un jeu brillant et sûr, lui ont valu les plus vifs suffrages.

Plaçons à ses côtés, le nom d'A. Pelleport, qui avait demandé à jouer le rôle de Barnabe en

nègre. Ccl.i lui i\ ix-imis »riiil('rcaler dans tous les tableaux des bambuulas qm uni remplace avanlageusenienl son manque de mémoire.

11 nous reste à parler de don Pèdre, ({ui fui un majestueux cliàt-elain et un tuteur féroce. Ses costumes étaient pleins de goût et d'originalité et sa loque à créneaux, ainsi que les ordres dont sa poitrine était constellée ont été fort appréciés. Il a racheté l'horreur naturelle qu'inspirait son personnage par le soin avec lequel il réparait les bévues de Paquila et de Barnabe :

— C'est sans doute ce que tu voulais me dire ? ou bien :

— Gomment me dirais-tu une chose que tu no sais pas ?

Cent autres phrases adroites assurèrent le succès de celte œuvre remarquable, dont le public réclama une nouvelle audition. La réponse de Tauleur : des nèfles ! ne peut être attribuée qu'à une émotion bien naturelle.

Le Maître passa une excellente soirée et rit de tout son cœur. C'était l'essentiel. Le succès de cette tentative fut donc bien complet.

IMais pourquoi fallut-il que CamiUe on le souterrain, eût des larmes pour épilogue?

Quelques jours après la représenlation. — l'enthousiasme n'él.'iit pas encore refroidi — Jeanne tenait tète à sa tante, qui la réprimandait.

L'espiègle, à bout d'arguments, ne s'avisa-t-elle pas de décocher cette boutade à M™^ Chenay :

— C'est comme l'autre soir, dans ton rôle de

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Paquila. tu avais beau avoir mis du rouge sur tes joues, du noir sur tes yeux et du blanc sur tes moustaches, cela ne t'empêchait pas d'être bien vilaine tout de même !

Cette flèche empoisonnée avait frappé juste.

La pauvre AP*" Chenay pleura si abondamment qu'on put craindre un moment qu'elle se métamorphosât en source.

CllAiMTIlK XI QUELQUES LETTRES

Nous croyons intéressant de publier ici quelques Ici Ires, triées entre toutes (*t signées de noms connus. Elles montreront avec quel soin la situation (lu pdMc lui cachée à tous par le groupe d'amis dé- \'()ii('s (pii faisail coinmc un r('iii]);iii autour de son illustre peisounalilé.

Voici d'abord quelques pages, d'une écriture fine et serrée, dues à lii plume alerte de M. PaLd Meurice :

(( Vcdlcs^ 20 juiHct 1878.

« Mon cher Monsieur Lcsclide,

<' .r;ii'i'i\(' iiiijoiiiiriiiii sciilcnicnl à \'('iiles, ayant nifué mes lilIcUrs Noir le II;i\iv cl Trouville. En uiéiiic Iciiips (|ii(' moi ;in'i\(' ici xotrc cxcellcnic l( lire, .le ^dus rciucrcic di' loiil mon cœur j)om' les (hH.iiils (pfcilc me doimc e| jxtur la façon amicide cl (|(''lic;i|c (|oii| elle Jiie les douue... J'éci'is à n(»lre ami. .le lui (lemand(^ (récrire à Saint-Victor. Insistf.'z, je \()us jiric. ])oiir (jn'il le fasse et (lu'il

lui promette de nouveau les dessins. M. Sée parle beaucoup, beaucoup trop, et on exagère, comme de raison. Une lettre à quelqu'un de très connu comme Saint-Victor, ferait taire ces bruits absurdes. Et si notre ami ne travaille pas, insinuez lui donc, vous, de faire réellement ces dessins.

Cela, je crois, lui serait possible, et lui rendrait confiance en lui même...

« Croyez bien que je ferai le possible et l'impossible pour vous être utile à mon tour.

« A vous cordialement. »

Et cette autre, en date du 5 août, ayant trait à des lettres intimes oubliées rue de Clichy et dont la fidèle Mariette, soucieuse du repos de son Maître, craignait la découverte.

(( Veilles^ 5 août.

« Mon cher Monsieur Lesclide,

« Nous vous remercions de vos excellentes lettres, qui nous font moins absents de notre ami. Continuez-nous les, je vous prie, je les reçois bien exactement et je les transmets à Vacquerie. Je vais d'ailleurs à Paris cette semaine et cette fois, je rapporterai votre manuscrit (Le dernier Scapin) et le lirai avec un esprit plus libre et un soin plus attentif. J'irai naturellenipnt ruo de Clichy.' Demandez à Mariette où sont, dans la chambre, ces lettres dont elle craint la découverte. Vacquerie a dû envoyer cinquante exemplaires sur hollande et

dix sur papi(M^ ordinairo du discours au Congrès. Dès mon arrivée à I\iiis je verrai Enuiianuel Gonzalès et j'enverrai la lisLe des personnes aux- ([uelles la brochure devra être envoyée signée. Cela fera bien.

(( Tout à vous cordialement,

(( Paul M. »

Et cette troisième, en date du 16 août, dont la dernière page a trait aux indiscrétions jalouses de la vieille amie du poète. On, c'était AP^ Drouet.

(( Vculcs, 16 août.

(( Mon cher Monsieur Lesclide,

(( Après un voyage de quelques jours à Paris, me voici revenu à Ventes ; je rapporte cette fois, votre manuscrit et je vais me nicKrc à vous lire sans m'arrèter. Continuez-nous, je vous prie, vos très intéressantes lettres qui nous tiennent au courant pour écrire les nôtres. Vacquerie a reçu dernièrement une invitation par une lettre charmante, et telle qu'il l'aurait écrite il y a trois mois. Vous avez vu ipie nous nous sommes empressés de pubher, moyennant (juelques lignes supprimées, la lellre à Rivet. Les bruits dont vous parlez prennent (le lii consistance, et exagèrent même beaucouj) les choses, (^)iiimenl y ])ai('i- ?

(( J.Wrrli'i iicl (Je hi Mdnchii est inédit, mais on sait (|ti'il e-l l';iit «fancienne date. Je lui demande, dans ma dernlèjc lettre, s'il met en ordr»' Toute

la hjYC. Ce travail crarrangement lui S'Tait possible peut-être. Le livre est prêt, ou peu s"en faut. L't il n"aurait. besoin d'y rien ajouter. En outre, il a l'avantage d'avoir été annoncé sur les couvertures des derniers ouvrages, comme étant le premier à paraître. Si on annonçait que l'impression en a commencé et qu'il corrige les épreuves, l'effet serait excellent. Tàtez ce terrain, vous pouvez dire que je vous en ai écrit, puisque j'en ai écrit directement. Mais l'incitation n'est-elle pas encore prématurée? Mariette sait-elle s'il écrit, le matin, autre chose que des « lettres ». — Vous avez raison de craindre les reporters ennemis. Veillez surtout sur ceux du Figaro. Nous nous étonnons qu'il ne s'en soit pas encore présenté, et il s'en est présenté peut-être. Je crois que nous avons détourné la visite de Saint-Victor, mais les prétextes mêmes à donner ont leurs inconvénients... Je suis allé rue de Clichy, et j"ai visité la chambre à coucher, mais le tiroir de droite du meuble est fermé, et la clef doit être là-bas. Que faire? Je n'ai pas osé prendre sur moi. malgré le conseil de A'acquerie, de faire ouvrir par un serrurier. Il est clair que si on faisait le voyage de Paris pour s'éclairer, on n'hésiterait pas devant ce scrupule. Mais alors nous serions avertis par des dépêches de M™^ Lockroy et de vous, et nous prendrions les devants. Seulement. Vacquerie va aller à ^'illequier et il dit que lui et moi pouvons être absents. Vous me demandez si j'irai à Guernesey. J'irai certainement, mais tant qu'il y a du

inolulc, ]\P''' ]\lciiai(l, Pcnii, il viiul mieux qu(3 je me réserve. Un cas urgent peut se présenter. J'irai le j^lus tard possible.

« A vous eoi'dialement.

Puis, vienl nu mol de M. I^oekroy, sans dale, écrit après la reeluUe du Maître.

(( CuA\n:uE DES députés.

« Cher ami,

(( Merci de votre bonne lettre. Elle me tranijuillise. J'étais fort in(}uiel de ce qui se passait là-bas. Ma feumie, ijui est releuue à Jersey, m'avait effrayé.

« Merci encore une fois et de cœur,

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