AVANT-PROPOS III
Richard Lesclide se promettait de publier ces souvenirs à Toccasion de l'inauguration de la statue de Victor Hugo. Hélas I ce grand cœur devait trop tôt rejoindre dans la tombe — c'est-à-dire dans la lumière — son maître bien-aimé ! La promesse qu'il s'était faite, j'ai du m'engager à la tenir. La tâche est lourde et délicate, car Télève ne vaut jamais le maître ; pourtant je ne m'y dérobe point : n'est-elle pas doublement sacrée ?
Rien de ce qui touche la plus pure gloire du siècle qui vient de finir ne pouvant être indifférent, je publie ces souvenirs intimes puisés à des sources fidèles, échappés à de longues causeries.
J'exprimerai, toutefois, un vœu personnel. Victor Hugo consacra toute sa vie à la grande cause de la fraternité humaine. Ses belles œuvres ne sont qu'un long et éloquent plaidoyer en faveur de son rêve philanthropique. Il lutta de toute la force de son génie, et à ses côtés ses nobles fils, contre cette monstruosité sociale :' la peine de mort.
Il eut le bonheur d'obtenir qu'en 1862 la République de Genève, revisant sa constitution, supprimât de son Code la pénalité suprême. En 1867, le roi don Luiz de Portugal se -rendait à son tour à la voix éloquente du noble proscrit prêchant la grande croisade de l'inviolabilité humaine. La peine de mort était abolie en ses Etats.
A l'occasion du glorieux centenaire que l'univers vient de célébrer avec nous, le gouvernement français ne pourrait-il réaliser ce qui fut
IV VICTOR iiutio inti-Ml;
le souhait le plus iirdenl du grand pliilanlliiope qiril liunure cl accorder à la statue ce que ne put obtenir le citoyen?
La guillotine peut-elle être autre chose que la honte dini peuple libre? L'exemple du chCdinient n"enipèche pas le crime, et il ne l'empêche pas parce que Tliomme n'est criminel qu'en raison d'une mentalité spéciale, développée par certains milieux. La criminalité est une lésion du cerveau humain.
Le xx^ siècle veut la pleine lumière ; or, elle ne sera pas entière tant que se prohlera sur le ciel cette ombre sinistre : l'échafaud. L'abolition de la peine de mort, ce serait bien l'apothéose la plus complète et la plus sublime que puisse rêver Fàme humaine.
L'heure viendra sûrement — mais n'était-elle pas tout indiquée — oi^i selon le distique de Clovis Hugues, écrit pour la fête de l'aïeul auguste :
Devafit son piédestal, enguirlandé de roses, Nous brûlerons le bois du dernier échafaud.
De tous les hommages, celui-là irait droit au cœur du poète qui proclamerait, enfin! l'inviolabilité humaine. 0 le digne couronnement du centenaire glorieux!
Juana RicuARD-LESCLmE.