CHAPITRE P'' LE CRÉPUSCULE D'UN DIEU
L'apothéose de Victor Hugo emplit tout le ciel.
Après dix-sept années d'un silence fait de recueillement, Paris s'est réveillé pour recevoir les peuples accourant déposer l'hommage de leur admiration aux pieds de bronze du dieu souriant dans son immortalité, du haut de son inébranlable piédestal.
N'est-ce pas Victor Hugo, lui-même, qui a écrit ces vers :
Partout, dans les cités et dans les solitudes, L'homme est fidèle au lait dont nous nous nourrissons Et, dans l'informe bloc des sombres multitudes, La pensée, en rêvant, sculpte des nations.
T/heure est venue où les derniers voiles épars
auluiii' (lu pucle eiivulé se dissulvciit dans la pleine lumière.
La statue, si lungienips attendue, du génie qui a marqué le xi.V sièele de son empreinte impérissable, et les faits, encore inédits, de sa vie intime, sont du même coup révélés aux foules vibrantes d'enthousiasme qui, à travers l'œuvre colossale, aimèrent Thomme d'un ardent amour.
C'est le crépuscule du dieu.
Nous prendrons Victor Hugo, qui restera pour nous (( le Maître », vénéré jusqu'en ses faiblesses — les dieux en sont-ils exempts ? — à la seule époque inédite de sa vie, aux veilles de son départ piécipité pour Guernesey, départ interprété de diverses façons par la presse avide de nouvelles.
La vérité est que le poète, par suite (fun travail incessant et de fatigues surhumaines, fut frappé, le vendredi 28 juin 1878, d'un grave ébranlement cérébral, déterminé par une joute oratoire dans laquelle il avait pour adversaire Louis Blanc. A sa bieRvcillance absolue, à sa politesse exquise, Victor Hugo joignait une extrême vivacité d'esprit.
Jamais on ne vit plus terrible despote dans la discussion. Il n'admettait ni qu'on le contredît, ni qu'on le contrariât, et s'irritait au contact d'une résistance ou d'un obstacle.
Il avait alors des révoltes, des froncements de