LES DERNIÈRES AMOURS DE VICTOR HUGO
n'exerçait-il pas sur les femmes que captivaient le charme de sa parole et sa distinction innée ! Et son appétence d'amour était si forte qu'à l'époque de son départ en coup de vent pour les îles de la Manche, quatre jeunes personnes occupaient les rêves du poète septuagénaire : Joséphine B — passion qui semble être resiée dans les nuages du platonisme, — Ernestine T., Eugénie L., — et la dame du quai de la Tournelle, une jeune femme que nous désignerons seulement par son prénom. On la nommait Blanche. Elle distança de loin ses rivales et laissa sur Victor Hugo l'empreinte la plus sérieuse.
Blanche paraît avoir été la dernière Heur cueillie par le poète. Elle fut, dans tous les cas, sa dernière passion.
Victor Hugo avait connu la jeune personne au service de M"^^ Drouet. Elle avait alors une vingtaine d'années. Brune, de taille moyenne, élancée, bien prise, douée d'un physique agréable et ayant reçu une éducation au-dessus de sa condition, la jeune fille avait fait sur le vieillard une certaine impression.
De son côté, elle s'était éprise du poète dans ses œuvres. Ce qu'elle aimait en lui, c'étaient tous ses héros, qui parlaient au cœur des ingénues un si éloquent langage d'amour.
Le tendre sentiment qui poussait l'un vers l'autre l'illustre écrivain et 'Son humble admiratrice avait donc pris naissance aux meilleures, aux plus enivrantes sources de l'idéal.
On juge sur quel terrain brûlant, dès longtemps
2(K) VICTOU HUGO INTIME
préparé, lunibôieiit les paroles émues de Victor Hugo quand il interrogea sur son élat d"ànie la cauiériste de sa vit.'ille amie.
Avec sa science de lu vie et du cœur luiiiiain, il s'était vile aperçu du trouble (lue la jeune fille éprouvait en sa présence. De là à deviner les causes de ce trouble, il n'y avait pas loin.
Blanche aima passionnément le i)oè[e ; elle l'aima de toute la distance qui les séparait, et nous y insistons pour sauver le souvenir de cet amour disproportionné de raccusation de vénalité dont on essaya de le flétrir.
Avaient-ils des âmes vénales, les hommes qu'une insurmontable émotion faisait s'évanouir en plein salon à la seule vue de leur dieu ? Nous en pourrions citer un que l'on dut emporter, un superbe garçon de vingt-cinq ans, brun comme la nuit, aux yeux magnifiques, qui eut devant le Maître des nerfs de femme.
Après cela, peut-on s'étonner de l'impression que ce poète, aux pieds de qui des hommes défaillaient, put faire sur le cœur vierge (Vunv jeune 1111e romanesque.
Elle devait payer cher son égarement, d'ailleurs.
M™® Drouet, avec une perspicacité qu'aiguillonnait encore la jalousie, ne fut pas longue à voir clair dans le jeu des amoureux.
Jiljuiclic fui briiliileineiit congédiée, et le coupal)le dut alTjonter la plus épouvantable des tempêtes. Mais il en avait vu bien d'autres, depuis la journée terrible où sa tète, mise à prix par