VICTOR HUGO INIIML
— Pourquoi cclii ? n'{)oiiilil riK-iilier présomptif, li\'S étonné.
— Mais i)our lui prendre son argent! dit le barbare de Tair le plus naturel du monde.
Et le i)rince de Galles, esprit libéral s'il en fut, eut toutes les peines du monde à faire entendre à ce shah sauvage, imbu de traditions de sérail, que l'aimable coutume d'amputer de la tête les gens dont on convoite les biens, n'est plus de mise en Europe.
Un dimanche, jour tout spécialement consacré aux étrangers, un jeune artiste russe, présenté par une de ses compatriotes, une poétesse grande amie de la maison, fut gardé à dîner.
11 était tout à fait charmant. On le plaça à la droite de M™^ Lockroy qui faisait les honneurs de la table du Maîti'e avec sa grâce accoutumée. Le nouvel hôte était fort timide et fort ému. A peine le repas était-il commencé qu'on remarquait que l'aimable convive se pt^ncliait fréquemment vers sa voisine, à i\\]\ il adicssail des petits saints discrets pendant que >(»n visa.ue. natun^llement pale, prenait des teintes de ])iv()ine écarlate.
M™*" Lockroy, très absorbée par ses devoirs mondains, finit par remarquer le manège du jeune étranger dont les petits saints continuaient à travers tout. Elle s'étonna d'ahord. puis très iidi'iguée, elle finit par demander au jeune artiste si quelque tradition de son pays l'obligeait à ces sa-
lutalions, qui devaient être très fatigantes à la longue.
— C'est, répondit-il, pour vous remercier, madame, du grand honneur que vous me faites.
— Quel honneur, monsieur ?
— On nra dit chez nous que lorsqu'une dame française voulait distinguer un homme, l'usage était qu'elle lui marchât sur le pied, et...
— Gomment, monsieur ! s'écria M™^ Lockroy stupéfaite, je vous ai marché sur le pied ?
— Depuis le commencement du dîner, madame. Ne le faisiez-vous donc pas exprès ?...
— Ah ! pour le coup, c'est trop fort ! dit la maîtresse de la maison en éclatant de rire, tandis que son mari, un peu pkis loin se tenait les côtes, mais qu'est ce qui a pu vous faire supposer cette inconvenance ?...
On clierclia la cause de cette étrange méprise. On pria le convive de ne pas bouger et l'on s'aperçut qu'un relief sculpté d'un pied (](^ la table frôlait délicatement la bottine vernie du bon jeune homme qui, croyant à une politesse courante, n'osait pas retirer son pied.
A quoi tient la réputation, tout de même !...
Il est certain ({u'en rentrant en Russie le candide artiste n'aurait pas manqué de se vanter du grand honneur que lui avait fait la belle-fille de Victor Hugo en lui marchant sur le pied pendant toute une soirée.
— Ah ! dit le Maître en riant, la singulière publicité !...
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!Sëiii-oii (iiic Victor Hugo faillit attaclicr son nom ;V un dictionnaire cncyclopcdiiiue ? Après le succès des Misérables on 1802, Tidéc vint à deux érudits, esprits intuitifs s'il en fut, iMAl. Richard Lcsclide et Alplionse IMillaud, deux des fondateurs du Petit Journal, de lancer par souscription une encyclopédie populaire à la tête de laquelle serait le grand proscrit. Victor Hugo accepta d'appuyer l'entreprise de son nom. Les promoteurs de Tidée — qui a depuis fait son chemin — se mirent à l'œuvre et réunirent en quelques jours un capital de 400,000 francs.
L'affaire avait reçu un commencement d'exécution et était pleine d'avenir quand elle fut arrêtée net. Charles Hugo venait d'arriver à Paris; il apportait l'adhésion de son père mais avec une restriction. Victor Hugo désirait que l'on retirât son nom de l'œuvre au cas où, la République étant proclamée, il rentrerait en France. Et comme on demandait à son messager ce que cette éventualité pouvait avoir de commun avec l'entreprise littéraire à laquelle s'associait l'illustre exilé :
— Ne comprenez-vous pas, dit Charles, que si la R(']Miblique était proclamée, mon j>ère en serait nonnné Président.
■ Et voil;i coiniiicnt la gi'ande en('y('l()j)é(lie Viclor-nn,i.î-(i fut luée dans l'œuf. MM. Lesclide et Millaud en furent (inities pour rembourser les souscrii)teurs. Mais l'idée était si merveilleuse
que, reprise par d'autres, elle fit une rapide fortune. Richard Lesclide et Alphonse Millaud avaient tiré les marrons du feu : ce fut M. Pierre Larousse qui les mangea.
Sic vos non vobis!...
Richard Lesclide aimait tendrement les petitsenfants du poète. La douceur affectueuse de Georges, dont Fâme exquise se reflétait alors dans ses grands yeux, le séduisait autant que l'espièglerie charmante de Jeanne.
— Fais-moi des vers, lui dit un jour la gamine, puis, quand ils seront faits, tu les publieras, comme « papapa ».
— Bien, mademoiselle î... mais tu m'embrasseras!
— Tout de suite.
Et l'ami de « papapa » fit le sonnet suivant qu'il publia dans le numéro du 28 décembre 1873 de Paris à VEau Forte :