‹ Victor Hugo intime [par] Mme. Richard LesclideChapitre 6 sur 41 · LE CREPUSCULE D UN DIEU O · texte numérisé non relu

LE CREPUSCULE D UN DIEU O

(( Qui aurait pu entendre sans en être ému profondément et sans battre des mains cet admirable passage sur la nécessité de la lumière dans les esprits comme dans les rues, pour que n'y viennent plus roder et s'embusquer, dans les coins ténébreux, ces malfaiteurs, ces voleurs de nuit, ces assassins : Terreur, la superstition, le mensonge ? »

La contrariété éprouvée par Victor Hugo dans cet assaut où Louis Blanc lui avait opposé une si magnifique résistance, fut la goutte d'eau qui fit déborder la coupe.

Le lendemain, la situation empira dans de telles proportions que la famille, alarmée, manda le docteur Allix, dont le premier soin fut de faire condamner la porte du Maître et de prescrire un repos absolu.

Le docteur Sée vint à son tour visiter fiilustre malade qu'il trouva dans un état d'affaissement des plus inquiétants. Victor Hugo, qui envoyait couramment à tous les diables la médecine et les médecins, et qui traitait ses indispositions par le mépris pour peu qu'on le laissât faire, reçut les éminents praticiens avec sa bienveillance habituelle, n avoua qu'il se sentait « étonné », — c'est sa propre expression — puis fatigué, mais en dépit de toutes les prescriptions et contre tout conseil, le poète sortit vers six heures pour faire une visite urgente. Richard Lesclide, qui était dans les confidences de son glorieux ami le quitta quai de la Tournelle, où le Maître se rendait à

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peu piè< (iiiotidicnneuient, depuis certains drames infimes ((ui avaient bouleversé son intérieur.

Nous saurons plus tard quel charme attirait dans la Cité ce poète de soixante-seize ans, qui semblait avoir reçu le don d'éternelle jeunesse.

La journée du 30 juin fut mauvaise. A une nuit lourde succéda une atonie profonde. Le docteur Broca fut appelé.

L'affaissement du malade était si complet qu'il ne s'occupa même pas de la fête nationale, dont on commençait les préparatifs, ni des manifestations aux({uelle? il était mêlé. Une seule chose sembla réveiller sa torpeur vers le soir : sa visite au quai de la Tournelle. Il sortit fort tard et défendit qu'on l'accompagnât ou qu'on le suivît.

Il ne fallait pas songer à aller ouvertement contre sa volonté. L'autorité de sa voix, de son geste, était de celles auxquelles on résiste difïïcilement. Quand il conunandait, il ne supposait pas qu'on pût songer à ne pas lui obéir. Le docteur AUix et M. Lockroy, très inquiets, transgressèrent pourtant ses ordres et suivirent à distance l'illustre vieillard qui les fit poser pendant deux heures — guère moins — devant une porte cochère du quai de. la Tournelle.

Mais les synqitùmes de la maladie persistaient, gros de menaces ; les grands praticiens déclarèrent qu'il fallait, en toute hTde, «soustraire le poète à son milieu dévoraiil. Pour cela, il n'était que l'éloignement. La famille tint conseil et un séjour fi Guernesey fut adopté en principe. L'air

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