C'est ainsi que Hugo voulait qu'on l'écrivit
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le droit de nous étonner. Sans doute, je savais bien que si Victor Hugo, l'Olympien du Romantisme, ne bouge pas dans l'Empyrée de son génie, il n'a pas tout à fait la même immobilité de dieu dans ses opinions, et que la statue de Memnon, à la bouche pleine de soleil et à laquelle il s'est comparé autrefois :
Napoléon! soleil dont je suis le Memnon!
n'a pas toujours eu le même soleil dans la bouche ; qu'avant Napoléon il y avait eu le soleil de la vieille monarchie française et de sa restauration, qui ne dura qu'une aurore; et après le soieil de Napoléon, qui l'a toute remplie, celui de la Révolution, après lequel il ne pouvait plus guères sortir que la flamme révolutionnaire de cette bouche rotonde et profonde. Du moins, je le croyais, et je me trompais, à ce qu'il paraît; mais je ne suis pas humilié de mon erreur. Par un revirement dont Dieu et Hugo ont seuls îe secret, le soleil de la monarchie, qui ne lui semblait plus qu'un soleil de petite Provence, bon seulement pour réchauffer de pauvres vieux, est revenu jouer autour des lèvres sonores du Memnon de tous les soleils, et il leur a redonné une harmmiie qui, ma foi! pourquoi ne pas le dire?... a trouvé de l'échd dans nos cœurs. Oui! voilà la grande et la seule nouveauté de ce livre. L'inspiration du romancier [stupete, gentesl) dan.- Quatrevingt- treize esl plus monarchique que révolutionnaire, el l'on «lirait, si l'on ne connaissait pas la versatilité de l'Ami
VICTOH UUGO
poètes, que c'est là une espèce d'amende honorable faite, par un républicain dégoûté de ses républiques, aux pieds encore absents d'une monarchie qu'il sent
venir
Et, en effet, il s'.igit de quatrevingt-treize, n'estce pas? et, chose particulière, il n'y a pas, dans ce Quatrevingt-treize, le grand événement de quatrevingt-treize, celui-là qui data la Révolution française : la mort du roi, ce crime sans pareil dans les annales de la France et qui décapita la France, ce crime incomparable dans les annales du monde, parce qu'il tua à travers un homme le principe qui fait vivre les nations, — le principe d'autorité!... On n'en parle que pour mémoire. On en dit deux mots en passant, et c'est tout. Et quels mots! deux mots puérils, et traînés partout, sur la veste blanche du roi et la couleur du tiacre qui le porta à l'échafaud. C'est que, au fond, le quatrevingt-treize de la Révolution et de la Convention est bien moins la visée du livre de Victor Hugo que le quatrevingt-treize de la Vendée et de la Chouannerie, placées toutes deux sous ce titre charlatanesque de Quatrevingt-treize tout court, par un auteur qui n'ose pas rompre, du premier coup, avec les siens... Ah! la Révolution ne sera pas contente ! Si son Tigre de Nubie n'est pas mort, il est bion
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malade. Si son poète n'est pas entièrement passé à l'ennemi, il est à califourchon sur la palissade des deux camps. Elle le voit peut-être, mais elle ne le dit pas. Encore discrète! Au peu de bruit que fait actuellement dans le camp révolutionnaire ce livre, dont le titre seul était une cloche qu'on agitait, même avant qu'il parût, on peut croire que la Révolution y met du stoïcisme et qu'elle garde silencieusement dans ses entrailles le petit renard que Victor Hugo vient d'y introduire. Mais, allez! elle ne l'y gardera pas longtemps sans crier. Le jour n'est probablement pas éloigné où elle criera furieusement, de ses mille voix : « La grande trahison du vicomte Hugo! » comme, à une autre époque, elle criait, dans ses journaux et dans les rues : « La grande trahison du comte de Mirabeau! »
Car elle est toujours la même, la Révolution. Ou la trahit toujours! Et c'est la trahir, pour parler comme elle, que d'admirer ses ennemis, fussent-ils admirables cent fois. C'est la trahir que d inspirer, comme vient de le faire Hugo, de l'intérêt et de l'admiration pour ces choses scélérates et ces hommes scélérats, les hommes et les choses de la monarchie; 'que de faire parler et agir avec toutes les raisons et toutes les noblesses les soldats de celte royauté tée que Victor Hugo ne déteste peut-être plus... et les soutiens de cette religion bêle qu'un homme d'autant de génie que lui, parbleul ne pratique pas, mais contre laquelle, du moins, il ne vomit plu^ ici le Ilot d'impiétés ordinaire. En ce roman <!o Qu
vingt-treize , le royalisme de ses premières années, qui repousse dans Hugo, a porté bonheur à son talent. On peut se demander ce que serait le livre sans ce royalisme-là .. Tout ce qui est royaliste y est sublime de langage et de conduite. Tout ce qui s'y trouve de révolutionnaire y est faux, déclamatoire, insignifiant et nul. Tout ce qui retentit le plus de beauté et de vérité historique dans ce roman, qui a la prétention aussi d'être une histoire, et où la donnée romanesque, la donnée d'invention, est d'une misère à faire pitié, c'est la monarchie, les idées et les plans de la monarchie, l'héroïsme de la monarchie. Le vrai héros de Quatrevingt- treize, c'est Lantenac, c'est le marquis, c'est rémigré. Et ce n'est pas seulement un héros dans le sens le plus fier et le plus idéal du mot. mais c'est de plus l'homme d'État qui voit le mieux dans les nécessités du temps, et qui a raison — absolument raison — <ians tout ce qu'il fait comme dans tout ce qu'il pense. C'est l'homme fort du livre, le mule, le lion, auquel Hugo ne peut pas donner plus de génie qu'ii n'en a, lui, Hugo, mais auquel il en a donné autant qu'il pouvait en donner. Lantenac. c'est Hugo lui-même. Si Hugo avait été jeune, Lantenac n'aurait pas été vieux. Devant Lantenac, l'émigré et le marquis, que sont tous les révolutionnaires qu'il a contre lui. devant lui, autour de lui, dans toute la durée du roman! Ce qu'ils sont? Des pygmées, même Robespierre, même Danton, même Marat, qu'il nous fait voir une fois seulement, dans une conversation qui les rapetisse en les gon-
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fiant (manière de rapetisser de Victor Hugo) et les rend grotesques, ces hommes terribles, ces dieux tonitruants de la Révolution, qui ne sont plus là que les marionnettes sanglantes de leurs ridicules vanités. Évidemment ils sont sacrifiés au royaliste Lantenac, et le livre semble une Légende des Siècles de plus, — la légende du dernier siècle de l'antique et grande monarchie française, - que Hugo Tait voulu ou ne l'ait pas voulu. S'il l'a voulu, c'est bien. C'est une rentrée chez nous à mots couverts et que nous aimons à découvrir. Nous ne sommes point pour l'impénitence finale. S'il ne l'a pas voulu, c'est mieux. La Vérité a pris le poète par les cheveux et l'a violenté. Elle a été plus forte que Samson, et Dieu, qui, en somme, est le vrai Roi qui s'amuse, Dieu s'est amusé.
Eh bien, et nous aussi !... 11 n'y arien de plus amusant pour nous que la déconvenue d'un parti qui comptait sur une apothéose des siens et qui trouve, à la place, l'apothéose de ses adversaires. Mais, quant au livre môme, ce o'esl pas amusant qu'il tant écrire. I un mot plus grave Le livre est Intéressant en tcoup d'endroits, et .l'un intêrêl souvent très pathétique et très profond. Seulement, il l'est oe y trompons pas! - parle fail de Bon bu
2H0 vrr.Ton Hugo
indépendamment de la valeur de l'homme qui l'a écrit. Quoique le sujet du livre en question protège, exaile et grandisse à plus d'une place, comme je l'ai dit déjà, le talent de Victor Hugo, le sujet n'en reste pas moins très au-dessus '1" son génie, el la preuve c'est que Victor Hugo l'affaiblit, toujours et partout, quand il y mêle ses inventions
Et c'est ici que revient la question littéraire, Yinexilable question littéraire, qui va nous obliger à nous répéter, puisque Victor Hugo se répète. Si supérieur que soit le roman de Qualrevingt -treize, qui n'a que le silence, à ce roman des Misérables, qui eut le bruit, à ce livre d'un sujet qui était, celui-là, une mauvaise action, à effet pervertissant, tout à la fois monstrueux et vulgaire, et qui emporta tous les niais de France dans un transport d'enthousiasme un peu refroidi depuis que les Misérables ont fait la Commune comme Hugo avait fait les Misérables, il y a cependant, il faut le reconnaître, dans le Quatrevingt- treize d'aujourd'hui, tous les défauts et tous les vices de composition et de langage que nous avons reprochés aux Misérables quand ils vinrent dépraver l'opinion et la littérature. Victor Hugo ne se corrige point. Il est audessus de toutes les corrections, même des siennes. On cite de lui un mot, que j'aime, du reste : « Je ne corrige jamais mes livres qu'en en faisant d'autres », dit-il. Méthode fière! Mais j'en voudrais mieux voir l'application dans ses œuvres. Elle n'y est point. Littérairement, le Quatrevingt- treize n'a point corrigé les Misérables... J'y retrouve toutes les fautes im-