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muables de cet homme immuable, même quand il change ses inspirations.
Et. de fait, c'est toujours les mêmes conceptions, informes ou difformes à force de vouloir être grandioses, et la même manière apoplectique ou hémorragique de les exprimer ; c'est ton Ours le même mélodrame des choses, des hommes et de la langue, le même amour de l'impossible qu'avaient Néron, Caligula et les autres empereurs romains de la décadence, et qu'il a liltérairement aussi, Hugo, cet empereur de notre décadence littéraire Comme tons les hommes qui peuvent beaucoup, Victor Hugo est fasciné par tout ce qu'il ne peut pas. L'impossible est le gouffre qui l'attire... C'est la force contre laquelle il lutte et qui le brise toujours, et c'est là même le secret et l'explication de tant de choses f-iusses, disproportionnées, incompréhensibles, qu'on rencontre dans ses écrits. C'est là, par exemple, ce qui lui fait décrire dans ce livre, avec un détail à empoigner, comme on dit affreusement, l'âme la plus rebelle à le croire, le duel acharné du canonnier et du canon, échappé de son embrasure, roulant, dans l'entrepont, au tangage du navire, et dévastant et brisant tout, comme une féroce bête en fer déchaînée! ! a lutte d'un homme nu contre un lion, qui prendrait la gueule du lion dans ses mains désarmées et lui écartèlerail les deux mâchoires, serait plus noble d'ailleurs ei plus croyable que ce duel avec ce cai affolé dans sa course tel que Hugo le fi il rouler; mais c'esl précisémenl parce que '•<■ duel e I
croyable qu'il le choisit Ainsi, encore, dans le môme livre, au lieu de taire entendre \4 tocsin, il le l'ait voirl! Le faire entendre, c'était tout simple, mats il trouve plus ingénieux, et vraiment cela l'est, mais cela l'est trop, de le montrer à Lantenac, ce tocsin, qui sonne à vingt endroits différents dans le paysage, par Y agitation de la corde, de la cloche se détachant, grêle, sur la lumière, dans la cage à jour des clochers, et cela à des distances où il est encore plus difficile de voir que d'entendre. Et je pourrais, croyez-le bien! multiplier les exemples de cette caresse à l'impossible, de cette création à plaisir de la difficulté, pour la vaincre, qui fait ressembler Hugo à un homme qui peindrait un tableau à cloche-pied ou au saltimbanque qui boit et mange la tète en bas, et que je trouve en tant de pages de ce livre, où, quand l'héroïsme royaliste tarit ou s'interrompt, il n'y a plus que des complications insensées ou d'immenses ridiculités.
Ridicule, oui! Ce n'est pas respectueux, j'en conviens, de le dire de Hugo ; mais il y force, parce qu'il l'est. Tomber des scènes, les plus impossiblement terribles jusqu'à la découverte du sexe d'un cloporte par trois enfents — un chef-d'œuvre de puérilité ! —
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donne à l'esprit une secousse qui, du coup, frappe de ridicule ce naturaliste en cloportes. Rien de changé d'ailleurs ici dans les déportements de l'auteur des Misérables. La puérilité fut toujours un des caractères de sa manière. Quand il veut avoir de la délicatesse ou de la grâce, ce Du Bartas, qui a lu Gongora, devient sur-le-champ puéril. Enfin, après le ridicule, des détails niais et besliolels, il y a de plus, dans ce Quatrevingt-treize, l'odieux du pédantisme de l'érudition la plus assommante, la plus vaine et la plus déplacée, et l'odieux aussi de ce matérialisme insupportable, le fond même de la nature, je ne dirai pas philosophique, mais poétique de Victor Hugo, qui ne lui fait pas métamorphoser en or tout ce qu'il touche, comme le roi Midas, mais en matière, — même jusqu'à la langue, qu il encombre d'images physiques et qui, sous cette main épaisse, perd de sa transparence, — et même encore jusqu'aux sentiments les plus purs et les plus élevés de l'âme, et, par exemple, ici, la maternité.
C'est la maternité, en effet, qui est le sujet du roman que Victor Hugo a inventé pour le mêler à cet autre et beau sujet d'histoire qu'il a si vaillamment abordé dans sou Quatrevingt-treize. L'héroïne romanesque, la maîtresse pièce du livre, pour les imbéciles qui le liront, c'est madame Fléchard; le horsd'œuvre, c*est Lantenac. Seulement, il s'est trouvé que, pour les connaisseurs, le hors-d'œuvre est l'œuvre, et que l'héroïne de la maternité gémissante, errante el idiote, car positivement elle l'est, esl bien
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petite devant Lantenac, ce majestueux, de taille d'Histoire. Quoi qu'il en soit, du reste, la maternité; voilà
le sentiment humain à hauteur des cœurs de la foule, — car les sentiments qui font agir les hommes comme Lantenac ne sont qu'à hauteur de cœur de quelques-uns dans l'humanité, — la maternité, voilà le sentiment do;t Victor Hugo, qui, pour le moment, crée des héros vieux et ne met plus d'amour danlivres, a voulu tirer des effets dramatiques et touchants... Mais en la peignant avec son matérialisme ordinaire, en l'expliquant avec ce matérialisme qui n'est plus uniquement poétique, mais philosophique par-dessus le marché, cette notion, il l'a déshonorée. La notion qu'Hugo a de la maternité, et qui n'est pas d'hier dans sa pensée, — car madame Fléchard n'est qu'une variante en écho de la Sachette de Notre-Dame de Paris, — est une notion sans vérité et sans grandeur. Il l'avoue lui-même, avec une innocence qui ne se doute pas de son cynisme : « Ce qui fait qu'une « mère est sublime, — dit-il textuellement, — c'est « que c'est une espèce de bête. L'instinct de la mère « est divinement animal. La mère ri est plus femme. « Elle est femelle. Elle a un flair. Ses enfants sont ses « petits. » C'est ainsi qu'Hugo parle dans son Quatre' vingt-treize. C'est de la maternité aussi grossièrement, aussi païennement entendue, que ce poète, qui fut chrétien, qui a été élevé par une mère chrétienne, qui doit avoir, puisqu'il est poète, l instinct <!u beau pour vibrer aux grandes et belles choses et à la maternité chrétienne telle qu'on la trouve souvent