‹ Victor HugoChapitre 31 sur 33 · QUATREVINGT-TREIZE · texte numérisé non relu

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dans l'Histoire, c'est de cette espèce de maternité physiologique, incomplète et basse, qu'il a cru pouvoir faire sortir une palpitante et idéale tragédie. Mais la Fléchard, qu'il fait aboyer comme Hécube, qui était une païenne et qui aboya, au dire d'Homère, n'est, à tout prendre, qu'une chienne de maternité.

Certes! il y a plus beau dans la réalité et dans l'Histoire, et l'aveugle artiste, plus aveugle qu'Homère, ne s'en souvient donc pas. En fait de mères chrétiennes, on y trouve, par exemple, Blanche de Castille, - une sainte qui n'était pas qu'une femelle, qui avait mieux qu'un flair, et dont le fils, le roi saint Loys, n'était pas un petit!

Mais ce n'est pas impunément qu'on descend une notion première dans la composition d'un livre; du même coup ce livre s'en trouve descendu en tous ses détails. Et c'est ce qui est arrivé à celui de Victor Hugo. Raisonnez I Que peul faire une mère, qui n'est plus qu'une femelle, uand elle a perdu ses enfants, c'est-à-dire ses petite?... Aboyer et hurler et courir

comme une chien I ce $ont les seules çh<

que lasso la Flôchard dans le roman de Hugo. Elle n'est pas môme, cette mère-là, la Juive erranteàe la maternité; car elle poui ra iteUj nte alor el élo-

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quento, puisqu'elle serait <lans L'humanité, et elle a y est pas .. On la voit donc courir, h folle et enragée, çà et là, à tra lel [ues pa

car elle ne peut pas eu remplir davantage, dans i

nomie du roman, de sa personnalité raccourcie et brute, et, comme Hugo n a pas craint de le din sa divine an malité t Les animaux parlent , paroles qu'Hugo met dans sa bouche sont des criencore il y en a trop. Comme les autres personnages des œuvres de Hugo qui abusent toujours du monologue et qui parlent comme d'intarissables cataractes, la Fléchard n'est pas même uans sa vérité animale quand elle monologue, et pour ce qu'elle dit, on aimerait mieux qu'elle se tût... Courir après ses enfants, qu'elle retrouve au flair, comme la chienne, ne serait pas non plus d'un intérêt bien varié s'il ne s'y mêlait les hasards du chemin, et tout cela serait assez vulgaire si l'homme qui fait ombre sur tout dans le roman, le royaliste, l'émigré, le marquis Lantenac, ne rapportait pas à la mère ses enfants, qu'il a sauvés de l'incendie.

Car voilà toute l'invention de Hugo ! Une mère perd ses enfants; elle court après et on les lui rapporte. Voilà toute la donnée, et les combinaisons d'événements qu'il a arrangés autour d'une idée si pauvre ne l'enrichissent pas; elles manquent toutes de vraisemblance au plus haut degré. Mais qu'importe la vraisemblance à un homme qui agit sur les événements de ses livres comme un escamoteur sur ses muscades c Victor Hugo se croirait rapetissé et humilié

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s'il était obligé de respecter les vraisemblances. Au théâtre, il est encore obligé de compter avec elles. Mais dans un roman il s'en soucie bien ! On n'encage pas les aigles qui ont les ailes si longues. Hugo ne veut voir et faire que des effets! et il ne les amène pas, il les plaque, dans un livre qui n'a point de transitions, qui va par bonds et par sauts, à la manière des conquérants, selon Bossuet, qui, ce jour-là, se moquait un peu du grand Condé, lequel avait dans son métier plus d'art peut-être qu'Hugo dans le sien. Quand Walter Scott, qui est le Shakespeare du roman, et quand Balzac, pour lequel je cherche un nom qui puisse dire sa place, plus haute que celle de Walter Scott, nous donnent ces récits qui sont les vraies épopées de ce siècle, ils ne procèdent point par heurts et par tableaux détachés. Ils ne laissent pas tomber leurs effets de la lune, mais ils les amènent par les voies de la génération nécessaire. Ils ne finissent point brusquement un chapitre pour courir à un autre. Ils ne coupent point la trame de leur récit par «les dissertations pédantes, et de ce pédantisme insolemment ennuyeux qui fait de Victor Hugo je ne sais quel Vadius colossal... Ils sont déductifs, lo vrais. Ils savent la vie et ils la créent Ils un mutilent naine. Ils ne découpent pas des silhouettes sans profondeur et sans réalité dans des hommes de l'intensité i pierre, de'Danton, de

Marat. S'ils y avaient touché dans leurs créations, uraienl pénétré «Lui; leurs âmes h mi- leurs âmes dans leur action, Ils n'en auraient pas fail des

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perroquets, les perroquets de leur renommée I S'ils avaient pensé à montrer dans leurs œuvres l'h)dre de la Convention française, ils l'auraient ressuscitée dans une de ces journées terribles qui avaient leur monstrueuse beauté, et ils ne se seraient pas contentés de la nomenclature des noms de ses membres, avec des étiquettes tirées des mots qu'ils dirent et dont plus de moitié sont des platitudes et le reste des déclamations. Et non seulement ils sont vivants, Balzac et Walter Scott, mais ils sont impersonnels, et Hugo est toujours à l'attache de sa propre personnalité, comme la chèvre à son piquet. Quand Walter Scott veut faire un mendiant écossais, par exemple, il fait un mendiant écossais. Mais quand Hugo fait un mendiant breton, ce n'est point un mendiant breton. En Bretagne, les mendiants ne sont point panthéistes, mais chrétiens; ils ne s'agenouillent point devant les paysages, mais devant les calvaires. Ils ne sont pas du tout les mendiants de cette drôle de Bretagne, l'imagination de Hugo !

Oh ! la vérité et la vie! voilà ce qu'on trouve dans Walter Scott et Balzac, et ce qu'on ne trouve pas dans Hugo. On y trouve qu'il ieur est profondément inférieur, lui, cet homme d'une puissance plus verbale que réelle, plus dans les images et dans les mots que dans les choses. Son infériorité continue dans son livre de Quatrevingt-treize. Je n'ai pas voulu descendre, dans l'examen de ce livre, jusqu'aux chicanes d'une critique de détail avec un homme qui, comme l'auteur, est assez haut placé pour qu'on lui fasse

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l'honneur d'une critique qui relève plus de la synthèse que de l'analyse. Je laisse à découvrir le sexe des cloportes aux enfants. Mais je n'ai découvert, moi, dans ce nouveau livre, qu'un royaliste de plus, ■— un fier cloporte, du reste, pour les amis de Hugo! Je n'y ai pas découvert un Victor Hugo plus fort et plus vivant que celui que nous connaissions C'est toujours à peu près le même Vaucanson littéraire, le même fort mécanicien. Son Lantenac, la plus grande figure de son livre parce qu'il ne l'a pas faite, ■— car Lantenac, c est Charette, c'est Charelte avec les femmes de moins et les années de plus, — oui ! même son Lantenac a quelque chose d'exsangue et de métallique dans l'héroïsme qui crierait un peu à la manière des ressorts, si Hugo ne l'avait huilé et ouaté avec ces choses charmantes qu'on appelle la légèreté française : la plaisanterie devant la mort, l'élégance, le ton ainnne il faut de sa classe ! C'est la seule figure qui, si elle n'est pas tout à fait la vie, approche de la vie dans ce livre qu'on dirait sorti des ateliers de Birmingham. Je l'ai dit en commençant, voilà la très grande, mais seule nouveauté de ce roman de Quatrevingt- , • i ii i doit tout à L'ancien régime. Que Victor Hugo ôte son vilain chapeau mou — qui est le bonnet rouge d'aujourd'hui — à l'ancien régime! 11 lui doit de la reconnaissance. 11 lui doit son Lantenac, et son Lantenac l'engage.

.Nous aurons peut-être U', b □ Torquemadal

Jusqu'ici nous avons gardé le silence sur le nouveau travail de Victor Hugo, ce Ruy Blas qui a ouvert si solennellement un théâtre aux efforts intelligents duquel nous devons des éloges. Le talent et la réputation de l'auteur de Ruy Blas, sa prétention fondée d'être accepté comme chef d'école, la gravité consciencieuse qu'il avait mise, disaient ses amis, à construire ce dernier drame, regardé par eux comme le résumé de ses progrès, enlin nous ne savons quelle sympathie pour ce fragment de grand poète gâté par des faux systèmes, mais arraché parfois aux préoccupations funestes qu'ils engendrent par la force même de sa nature, telles ont été les raisons de notre réserve à propos d'une pièce aussi outrageusement critiquée que béatement applaudie. Nous avons laissé

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