‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 10 sur 95 · Les Travailleurs de la mer, loc. cit · texte numérisé non relu

Les Travailleurs de la mer, loc. cit

LA VUE PESSIMISTE DE LA NATURE 3o

Dont ton cerveau chétif puisse se faire idée? Créature par l'être absolu débordée, Homme étonné d'un grain germant dans le sillon, Ébloui d'une pourpre au dos d'un papillon, Tremblant d'un choc d'écume ou d'un râle d'orfraie, Déjà ce que tu vois te dépasse et t'eirraie. Pourrais-tu supposer ce que tu ne vois point"? Le gouffre ou le réel aux chimères se joint, L'aspect de l'insondable et de l'inaccessible, Le côté ténébreux de l'univers terrible?... Connais-tu les deux nuits : la morte et la vivante; La vivante, engendrant le monstre, l'épouvante, L'hydre, les dévorant sans fin et les créant; La morte, c'est-à-dire un vide, le néant, Une ouverture aveugle et par l'effroi formée, De l'ombre qui n'est plus même de la fumée, Le silence hideux et funèbre de Rien '?

Remarquons ce curieux emploi réaliste du Rien, qui est la Nuit morte, opposée à la Nuit vivante génératrice des monstres, et l'idée plus curieuse encore de l'Effroi, personnifié pour former l'ouverture aveugle de cette ombre qui est le néant. Le rôle d'une passion (l'Effroi) ainsi objectivée rappelle les concepts analogues de la mythologie brahmanique, par exemple, celui de l'Ignorance (Avidya), qui, dans la métaphysique bouddhiste, figure, à la tète de Y enchaînement des douze causes, comme le principe réel de l'illusion à laquelle le monde doit son existence. La métaphysique et la poésie se plaisent à un même genre d'abstractions,

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