‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 9 sur 95 · Les Quatre Vents de l'esprit, III · texte numérisé non relu

Les Quatre Vents de l'esprit, III

Quelle vaste douleur! Les hyènes bancales Rôdent; sur la perdrix le milan tombe à pic; La martre infâme mord le flanc du porc-épic; La chèvre, les deux pieds de devant dans la haie, Voit la couleuvre et bêle avec terreur:... L'éléphant marche avec un fracas d'épouvante... Le loup montre sa gueule et l'homme son visage, Le désert frémit...

Tout souffre! Grand, petit, le hardi, le prudent. Tout rencontre un chasseur, une griffe, une dent! Une sorte d'horreur implacable enveloppe L'aigle et le colibri, le tigre et l'antilope. L'eau noire fait songer le grave pélican. Partout la gueule s'ouvre à côté du volcan ; Partout les bois ont peur; partout la bête tremble D'un frisson de colère ou d'épouvante; il semble A celui qui ne voit l'être que d'un côté Qu'une haine inouïe emplit l'immensité *.

Ce tableau ne nous présente rien qui n'appar tienne à Tordre de la nature, ou à ce crime qu'elle i a pour ordre, comme le dit le poète dont la foi est perdue; mais les formes moins communes de la vie, les possibles, en leur perspective, ont prise suri son imagination; il s'en peint qui ne sont point frivoles, tout en résistant à la tentation de leur accorder la réalité.

« Le possible est une matrice formidable. Le mystère se concrète en monstres. Des morceaux d'ombre sortent de ce bloc, l'immanence, se déchirent, se détachent, roulent, flottent, se condensent,

l. Dieu, p. 85 et 197.

bnt des emprunts à la noirceur ambiante, subisent des polarisations inconnues, prennent vie, se omposent on ne sait quelle forme avec l'obscurité ,t on ne sait quelle àme avec le miasme, et s'en ont, larves, à travers la vitalité... Leur fourmilornent est une certitude qui déconcerte notre ssurance. L'optimisme, qui est le vrai pourtant, !erd presque contenance devant eux. Ils sont extrémité visible des cercles noirs. Ils marquent i transition de notre réalité à une autre. Ils semlent appartenir à ce commencement d'êtres terriles que le songeur entrevoit confusément par le oupirail de la nuit.

« Ces prolongements de monstres, dans l'inviible d'abord, dans le possible ensuite, ont été oupçonnés, aperçus peut-être, par l'extase sévère |t par l'œil fixe des mages et des philosophes. De fli la conjecture d'un enfer. Le démon est le tigre lie l'invisible... Si en effet les cercles de l'ombre lontinuent indéfiniment, si après un anneau il y n a un autre, si cette aggravation persiste en Irogression illimitée, si cette chaîne, dont pour notre part nous sommes résolu à douter, existe, il Ist certain que la pieuvre à une extrémité prouve

atan à l'autre.

jl « Il est certain que le méchant à un bout prouve ( l'autre bout la méchanceté.

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« Toute bêle mauvaise, comme toute intelligence perverse, est Sphinx.

« Sphinx terrible proposant l'énigme terrible, l'énigme du mal.

« C'est cette perfection du mal qui a fait pencher parfois de grands esprits vers la croyance au dieu double, vers le redoutable bi-frons des mani- | chéens '. »

Et quelle conclusion? Il n'y en a pas d'autre ici, après les réserves soulignées ci-dessus, que la recommandation : « Tâchons que la mort nous soit progrès. Aspirons aux mondes moins ténébreux. » Nous retrouverons plus loin le dualisme manichéen. Insistons encore sur la face du mal. Aucun poète, en aucun temps, ne la présentée sous un aspect aussi violent, aussi terrible. Des citations de quelque étendue ne serontpas de trop, parce que nous ne connaissons pas de plus beaux vers que ceux-là, et que nous les empruntons à l'un de ces poèmes des dernières années de Victor Hugo que beaucoup même de ses admirateurs sont assez disposés à regarder comme une partie à sacrifier de son œuvre.

0 rêves! vision des vagues paradis!

Crois-tu que l'inconnu soit quelque chose, dis,

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