‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 15 sur 95 · Les Contemplations, III · texte numérisé non relu

Les Contemplations, III

ciel, gouffre, vie, tombeau, éternité, apparaît patente, c'est alors que nous sentons tout inaccessible, tout défendu, tout muré. Quand l'infini s'ouvre, pas de fermeture plus formidable1. » « Rien n'est muré », disait, en son enthousiasme lyrique, le poète ardent à « traîner la comète par les cheveux », prêt à pénétrer dans « le tabernacle terrible de l'inconnu » (« Ibo », dans les Contemplations). Mais ici la borne lui apparaît dans le manque de bornes, sans lesquelles il n'y a pas, en effet, de compréhension possible. L'infini n'a pas de tabernacle.

L'idée de l'instabilité des êtres s'ajoute à celle de l'éternelle immanence de l'Etre, et complète la vue de cet abîme qui est la nature. Une formule applicable à cet aspect des choses est saisissante en ce que c'est la création même qui, par un artifice de langage auquel le sens du mot se prête, est présentée comme le tombeau de la création : « La fin toujours imminente, aucune transition entre être et ne plus être, la rentrée au creuset, le glissement possible à toute minute, c'est ce précipice-là qui est la création 2. »

1. L'Homme qui vit, 1™ partie, I, 5. — Le rapprochement : ciel, gouffre, tombeau, éternité, rappelle l'exclamation sublime de Lamartine dans le Lac : Éternité, néant, passé, sombres abîmes !

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