Ibid. : « le Corbeau ». p. 120 sq
C'est par le mépris qu'il a fait de la vie inférieure, que l'homme est tombé dans ce précipice ouvert sous ses pieds en vertu de la loi suprême :
0 dédain de la bête et mépris de la chose,
Double faute de l'homme et son double malheur!
Si pour la vie infime il eût été meilleur,...
La bète eût accepté l'homme; le chêne l'eût
Accueilli dans les bois de son grave salut;
La pierre en son horreur l'eût adoré; la roche
Eût tressailli dans l'ombre, émue à son approche;
Et dans tous les cailloux il eût eu des autels.
Il eût senti sous lui de sombres immortels.
Il eût été le mage. 11 eût connu les causes.
II aurait sur son front la lumière des choses;
Il serait l'homme-esprit. L'aigle eût fraternisé;
Et, lui montrant le ciel, le lion eût posé
Sa griffe sur l'épaule auguste du génie...
Les fléaux, qui lui font la guerre du désordre,
Fussent venus lécher ses pieds qu'ils viennent mordre;
Quand sa barque, le soir, se risque hors du port,
Le flot eût dit au vent : C'est lui! souffle moins fort;
L'azur eût murmuré : Paix à la voile blonde!
L'écueil eût fait effort pour se courber sous l'onde...
La création brute au difforme poitrail,
L'instinct, cette lueur de l'àme au soupirail,
Le grand Tout, ce flot sourd qui s'enfle et qui se creuse,
L'énormité, la chose informe et ténébreuse,
L'horreur des bois, l'horreur des mers, l'horreur des cieux,
Tout le mystérieux, tout le prodigieux,
Fût accouru, soumis, à son appel sublime,
A travers l'ombre; et l'homme eût eu pour chien l'abîme.
La révélation de CAnge, dans ce poème, comme celle du Spectre de la Bouche d'ombre, se termine par la prophétie du bonheur universel :
f>8 VICTOR HLGO
La bête est commuée en l'homme, l'homme en ange; Par l'expiation, échelle d'équité, Dont un bout est nuit froide, et l'autre bout clarté. Sans cesse, sous l'azur, que la lumière noie, L'univers Châtiment monte à l'univers Joie '.
Il ne faut pas demander au poète que n'inquiète point la construction logique des idées, comment il concilie ce tableau de la venue de l'homme dans une nature déjà constituée en ses trois règnes, et les images d'un moment de la création, où l'homme, la chose et la bête eussent pu former entre eux cette alliance idéale, avec la thèse de la chute universelle entraînant l'homme et la création tout entière dans la commune descente dont la Bouche d'ombre nous a décrit les degrés2. Ce ne sont pas les pensées elles-mêmes, ou quant à la vérité intrinsèque de ce qu'elles expliquent, qui touchent Victor Hugo; elles ne sont jamais pour lui que des symboles, quelque étonnant relief qu'il leur donne; leur objet réel est le sentiment qu'elles portent avec elles, et qu'elles sont propres à communiquer; de là vient qu'un mythe ou un autre. el même un dogme et un autre, lui sont comme indifférents^ lui rendant le même service. Le poème de la Fin de Satan est un exemple de cette facilité à >!• contenter d'une matière de mythes quelconque