Voir ci-dessus, chap. ni
Ce poème, que Victor Hugo, dans la préface de la Légende des siècles, annonçait comme devant former une deuxième partie d'un poème total constitué par ses poèmes, et qui n'a paru, inachevé, qu'après sa mort, est un ouvrage dont le sujet, tout pétri qu'il est d'une étrange mythologie, n'est plus cette doctrine de la chute et du retour des âmes plongées dans l'animalité, et condamnées, pour expier leurs crimes, à toutes les métamorphoses corporelles. La pensée eschatologïque du poète s'enferme cette fois dans l'enceinte des traditions judaïques ou mazdéennes qui ont passé dans le christianisme : chute de Lucifer, Adam et Eve, Caïn, le Déluge, Babel, Nemrod, qui commence la guerre sur la terre et en demeure la personnification. Puis vient Jésus et la passion, enfin Satan pardonné. Le poème devait former une trilogie, sous ces titres : le Glaive, le Gibet, la Prison, mais la dernière partie manque presque en entier. La conception poétique et mythologique de ces trois formes d'attentat à la vie ou à la liberté a de la force, malgré des bizarreries d'exécution, et beaucoup de ce mauvais goût du prophétisme sémitique auquel l'absurde ne répugne pas. Si l'on peut reprocher à la révélation de la Bouche d'ombre, et à celle qui est mise dans la bouche de TAnge du poème intitulé Dieu, un plan trop vaste,
la chute dans la nature, pour lequel la philosophie de Fauteur était insuffisante, on peut, au contraire, regretter que le cadre de cette autre œuvre posthume, la Fin de Satan, soit étroit, et n'ouvre quun point de vue borné sur l'œuvre de la création et même sur l'histoire de l'homme.
Le poème commence par le récit fortement imaginé de la chute matérielle de Satan, pendant dix mille ans, dans l'abîme de l'ombre universelle où s'éteint le soleil. Ce n'est qu'épisodiquement, dans une autre partie, qu'on trouve un tableau de la nature chaotique avant l'acte créateur, et la brève mention de cet acte et de l'apparition brusque de l'Adversaire. « Dans cette ombre où rampaient les larves des fléaux, Le monstre Nuit planait sur la bête Chaos. — C'était ainsi, quand Dieu, se levant, dit à l'ombre : — Je suis. — Ce mot créa les étoiles sans nombre. Et Satan dit à Dieu : — Tu ne seras pas seul. » La conception est ici pleinement dualiste; le chaos est imaginé sur le modèle de la cosmogonie assyrienne, l'action créatrice de Dieu et l'opposition immédiate de Satan sont empruntées à l'antagonisme d'Ormuzd et d'Àhriman dans la doctrine persane. Après Satan précipité, Nemrod symbolise l'impiété et le mal; il revendique Titan et Satan comme ses aïeux et se propose la conquête du ciel; il s'élance sur un
char aérien enlevé par quatre aigles puissants,
dont l'un crie : Alexandre! l'autre : Annibal!
l'autre : César! l'autre : Napoléon! D'étranges et
terribles imaginations défraient l'histoire de ce
\ voyage. Nemrod est foudroyé; mais le Spectre de
I la guerre lui survit et couve l'œuf monstrueux
duquel doit naître X aigle Rome. Pendant ce temps,
, sortaient de la terre « D'affreux brouillards vivants
qui devenaient des hommes, Puis des dieux qu'on
nommait Teutatès, Mars, Baal, Et qui semblaient
i avoir en eux l'àme du mal. L'horreur, le sang, le
deuil, couvraient la race humaine. Et les mages,
que Dieu dans le désert amène, Collaient l'oreille
I au sable, et, de terreur ployés, Frémissants, sous
la terre, au-dessous de leurs pieds, Ils entendaient
Satan, dans les nuits éternelles, Qui volait et
heurtait la voûte de ses ailes. »
Après ce morceau d'un symbolisme apocalyptique, le poète nous transporte « hors de la Terre », au bord du puits de l'abîme où Satan a l été précipité. Une imagination bien singulière va servir ici à exprimer de belles pensées. Une plume . échappée de l'aile de l'archange est restée sur ce ibord; l'ange de lumière la prend et. « l'œil sur le ] ciel sublime : — Seigneur, faut-il qu'elle aille, elle aussi, dans l'abîme? » dit-il. « Ne jetez pas ce qui n'est pas tombé », telle est la réponse, et le trait
est beau et touchant. Mais qu'allons-nous faire de cette plume?
La plume du plus grand des anges, rejeté Hors de la conscience et hors de l'harmonie, Frissonnait près du puits de la chute infinie, Entre l'abime plein de noirceur et les cieux. Tout à coup un rayon de l'œil prodigieux Qui fit le monde avec du jour tomba sur elle.
Sous ce rayon, lueur douce et surnaturelle, La plume tressaillit, brilla, vibra, grandit. Prit une forme et fut vivante, et l'on eût dit Un éblouissement qui devient une femme.
Avec le glissement mystérieux d'une âme. Elle se souleva debout, et, se dressant, Eclaira l'infini d'un sourire innocent.
Et les anges, tremblants (l'amour, la regardèrent. Les chérubins jumeaux qui l'un à l'autre adhèrent, Les groupes constellés du malin et du soir, Les Vertus, les Esprits, se penchèrent pour voir Cette sœur de l'enfer et du paradis naître.
Jamais le ciel sacré n'avait contemplé d'être Plus sublime parmi les souffles et les voix. En la voyant si fière et si pure à la l'ois, La pensée hésitait entre l'aigle et la vierge; Sa face, défiant le gouffre qui submerge, Mêlant l'embrasement et le rayonnement, Flamboyait; et c'était, sous un sourcil charmant, Le regard de la foudre avec l'œil de l'aurore.
L'archange du soleil, qu'un feu céleste dore,
Dit : — De quel nom faut-il nommer cet ange, ô Dieu?
Alors, dans l'absolu que l'Être a pour milieu, On entendit sortir des profondeurs du Verbe Ce mot qui, sur le front du jeune ange superbe, Encor vague et flottant dans la vaste clarté, Fit tout a coup ('clore un astre : — Libbrtk.
C'est un vrai livre de métamorphoses que cette Fin de Satan ; elles sont construites sur le fond des légendes judéo-chrétiennes, à peu près comme celles d'Ovide le furent sur les mythes courants des divinités populaires. L'imagination de Victor Hug:o est seulement beaucoup plus libre, on pourrait dire déchaînée et sans frein. Elle traduit quelquefois systématiquement et d'une manière étrange une idée morale. C'est le cas pour la métamorphose qu'on vient de voir; les deux passages que nous avons soulignés de cette pag-e, remarquable entre toutes par de beaux vers et des vers charmants1, en diraient assez clairement le sens, quand même nous ne devrions pas le retrouver énoncé en termes formels à la fin du poème. Il s'agit d'une pensée philosophique aussi profonde que jamais grand philosophe ait pu en concevoir. Le symbole de la plume de Satan illuminée et devenue personne angélique sous l'action du rayonnement divin signifie la participation commune de la liberté au principe du bien et au principe du mal, le trait d'union du créateur et de la créature révoltée, et le moven du retour de cette
1. Ce morceau, suivant les éditeurs de la Fin de Satan (voir la préface du livre), serait du nombre de ceux dont la composition est du même temps que la Légende des siècles, lre partie.
dernière, suivant un second symbole qu'on verra tout à l'heure.
La partie centrale du poème, en trois morceaux : la Judée, Jésus-Christ, le Crucifié, forme l'ensemble du deuxième livre, intitulé le Gibet, et environ la moitié de ce qui a été écrit de l'ouvrage ; elle rappelle les pièces bibliques de la Légende des siècles, et aurait pu trouver place avec celles-ci, sans trop y faire tache, dans ce livre écrit très peu auparavant. Toutefois la négligence dans la composition, et les longueurs d'amplification causées par le fatal enchaînement des rimes suggérant des idées, vont s'accusant déjà beaucoup plus, ainsi que l'indifférence pour l'exactitude dans le détail. Cette partie se termine par un éloquent anathème contre cette misérable terre qui égorge ses prophètes : « Qu'est-ce qu'on doit penser et croire, ô vastes cieux? Contre la vérité le prêtre est factieux; Tous les cultes, souftlant l'enfer de leurs narines, Mâchent des ossements mêlés à leurs doctrines; Tous se sont proclamés vrais sous peine de mort... Toute église a le meurtre infiltré dans ses dalles. » Le Golgotha, depuis que les peuples, « Atterrés, ont senti que l'Inconnu lui-même Leur était apparu « dans cet Homme Suprême », est devenu le plus haut emblème du supplice pour cause de religion : « Fauve, il se dresse au fond
mystérieux du crime; Et le plus blême éclair du gouffre est sur ce lieu Où la religion, sinistre, tua Dieu. »
Le mouvement alternant du poème nous ramène « hors de la Terre », et nous trouvons Satan englouti, condamné par sa conscience, impuissant à persévérer dans la haine et l'orgueil infernal, aimant Dieu malgré lui : « Si je ne l'aimais point, je ne souffrirais pas.
Laissez-moi remonter, gouffres!... — Non! pas à pas Je descends, je m'enfonce, à chaque effort je glisse Plus avant. Le malheur de la nuit, son supplice, C'est d'adorer le jour et de rester la nuit. Cet amour est sinistre, et le mal est son fruit...
Horreur sans fond! Je suis l'éternel des ténèbres.
Je suis le misérable à perpétuité.
Mais je me vengerai sur son humanité...
Dieu passe dans le cœur des hommes, j'y séjourne.
Sa roue avec un bruit sidéral marche et tourne,
Mais c'est mon grain lugubre et sanglant qu'elle moud;
Jéhovah frissonnant sent aujourd'hui partout
Une création de Satan sous la sienne...
Tout ce qui sur la terre à cette heure est debout, Même les innocents, sous leurs pieds, ont partout Quelque chose de Dieu que dans l'ombre ils écrasent... »
Le tableau de la production satanique dans l'homme — et dans l'univers matériel aussi, car la nature, morte ou vivante, est représentée comme soumise à l'action créatrice de Satan : —
Je contrains l'Océan que Dieu tient sous sa loi,
Et la terre, à créer du chaos avec moi », — est un morceau rempli de beaux vers et de fortes images; mais on ne sait quel rapport établir entre la partie réelle et la partie symbolique du mal, qui n'est personnifié que là précisément où il ne devrait pas prétendre à la réalité. Ce vice de la conception générale était peut-être inévitable, faute d'une croyance positive en l'existence personnelle du diable. Il en résulte que la création du mal, sous la création de Dieu, ne répond pour l'esprit à aucune image proprement créatrice. Elle aurait dû être évitée. Il fallait, semble-t-il, de deux choses l'une : ou se faire une idée sérieuse de l'origine du mal par la faute de la créature (comme dans la Bouche d'ombre); et, dans ce cas, si le symbole de la chute et de l'abîme était conservé, c'était pour s'appliquer directement à tous les êtres; la fiction d'un empire du mal, exercé spécialement par un ange révolté pour corrompre les voies de la nature, devenait inutile; le retour de l'être se présentait aussi comme une tout autre chose que le retour de cet ange et que la fin de sa rébellion. Ou, si l'on tenait à l'hypothèse du règne séparé et de l'action d'un esprit du mal, adversaire de Dieu, hostile aux lins divines de la création, il fallait renoncer à la fantasmagorie de la précipitation de Satan dans un abîme matériel, physique-
ment absurde. Les bizarres imaginations sur le fond du gouffre, sur le supplice du diable, ne pou. valent plus servir. C'est une conception analogue à celle de l'enfer et des démons de Milton, qui aurait alors convenu : on pouvait lui donner du corps et l'agrandir, en se servant des connaissances actuelles en astronomie physique, et des phénomènes de l'hypnotisme, et de la suggestion chez les hystériques, pour le chapitre des tentations exercées par l'esprit malin. Mais la conception de l'abîme est choquante au point de vue moderne, au point de vue physique du monde, et l'espèce d'être et d'action de Satan est impossible à se représenter.
Cette remarque nous oblige à nous bien rendre compte de l'emploi que Victor Hugo fait du symbolisme, et contre lequel ces objections ne portent pas; elles sont à côté, elles visent une construction, supérieure sans doute, mais qu'il n'a pas tentée. Il ne fait, il ne veut jamais que rendre des sentiments par des imaginations et des personnifications : ces dernières d'un genre dont nul poète depuis bien des siècles n'avait fourni d'exemples. Ici, les sentiments s'appliquent à l'existence du mal dans la création, à son universalité, à son origine, qui est hors de Dieu, à sa fin future, qui est un retour à Dieu. Ce mal, le Satan de Victor
Hugo en est la personnification , non la personne. C'est un produit de l'instinct réaliste, objectivant une idée générale, et puis, comme il s'agit de poésie, l'accompagnant de tous les attributs propres à la peindre vivante et agissante. Et cette personnification se fait d'une manière double et pour un double but, ce qui nuit à la clarté, mais ce qui, une fois reconnu, jette du jour sur la méthode. Tantôt le personnage symbolique du mal représente l'homme, une personne, en tant que déchue; et nous avons alors l'expression de l'état de l'àme suspendue entre les bons et les mauvais désirs, entre l'amour et la haine; tantôt c'est le mal luimême qui est personnifié, le mal, c'est-à-dire le fait que tout homme est mauvais, la nature mauvaise; et c'est l'idée de ce fait, rapporté à l'existence d'un Dieu bon et à nos espérances finales. Nous avons pu reconnaître le premier de ces deux sens, le sens particulier et psychologique de l'être symbolique; il convient à l'un des monologues de Satan dont nous avons cité tout à l'heure des passages. Nous allons trouver le second dans un autre couplet où Satan parle en sa conscience, pour ainsi dire, d'être général, antagoniste de Dieu et du Bien. La réaction de l'amour et de la pitié dans son àme prend alors la forme d'une protestation contre le dualisme éternel. Il insulte
et menace d'abord, puis proteste, dans l'intérêt même de Dieu, contre la perpétuité de sa damnation, et finit par demander grâce :
Oui, je me dresserai de toute ma hauteur!
Je veux dans ce qu'il fait tuer ce créateur.
Je veux le torturer dans son œuvre, et l'entendre
Râler dans la justice et la pudeur à vendre,
Dans les champs que la guerre accable de ses bonds,
Dans les peuples livrés aux tyrans, dans les bons
Et dans les saints, dans l'àme humaine tout entière!
Je veux qu'il se débatte, esprit, sous la matière; Qu'il saigne dans le juste assassiné; je veux Qu'il se torde, couvert de prêtres monstrueux, Qu'il pleure, bâillonné par les idolâtries... Je suis le mal; je suis la nuit; je suis l'effroi...
— Grâce! pardonne-moi! rappelle-moi! prends-moi!
— Grâce! ne sens-tu pas qu'il faut que toute chaîne Se rompe, et que le mal finisse, et que la haine S'éteigne, évanouie en ta sérénité?
Quoi ! le bien infini, le mal illimité!
Toi le bien, moi le mal! Est-ce que c'est possible?...
Je lutte. Nous tenons chacun notre côté.
Avoir l'infini, c'est avoir l'égalité.
Ton paradis ne fait qu'équilibre à mon bagne...
Je me tords sans repos, sans fin, sans espérance.
C'est une majesté qu'une telle souffrance...
Grâce, ô Dieu! Pour toi-même, il faut que je l'obtienne.
Ma perpétuité fait ombre sur la tienne...
Et c'est pour ta splendeur un importun nuage
Qu'on voie un spectre assis au fond de ton ciel bleu,
Et l'éternel Satan devant l'éternel Dieu!
Le poète nous fait passer à plusieurs reprises par des sentiments opposés : colère, envie, regrets,
pitié, et continue de mêler l'accablement et les souffrances du banni, terrassé et impuissant, avec l'orgueilleuse attitude de principe et cause (cause, on ne voit pourtant pas comment) de tous les maux de la terre. La dernière partie du long monologue de Satan dans l'abîme — ces parties devaient être coupées et séparées par des chants ou des hymnes, dont un seul a été écrit — est un de ces longs couplets, pas moins de deux ou trois cents vers, où Victor Hugo sème les plus grandes beautés, et de tous les genres, avec une intarissable et souvent fatigante fécondité d'images, dont beaucoup touchent ou transportent, quelques-unes heurtent le lecteur. Satan parvenu, en son supplice, à se haïr lui-même, à aimer Dieu, voudrait pouvoir dormir, pouvoir mourir. Il y a là sur le charme d'aimer, sur la fatigue du mal, sur la douceur infinie de la mort dont le supplicié sent l'approche en son agonie, des expressions et des effets d'une extraordinaire intensité. La difficulté d'abréger s'oppose aux citations que nous voudrions placer ici.
Après ce monologue, l'ange Liberté, escorté de diverses créatures symboliques qui s'adaptent au matériel de la scène : ange Eclair, ange Hiver, etc., descend dans l'abîme, à la recherche de son père Satan, qu'elle veut sauver (elle, car cet ange
est peint sous des traits féminins). Les tableaux qui se dessinent là de toutes les formes qu'on peut imaginer du chaos, du froid, de la désolation et de la mort, mériteraient une plus complète admiration s'ils ne péchaient par une amplification démesurée; en quoi ils diffèrent, à leur grand désavantage, de la forte concision et des sobres peintures dantesques de la Divine Comédie sur des sujets semblables. Quant au plan général et à la topographie du monde, les descriptions de la Fin de Satan dénotent un effort d'agrandissement vers l'infinitude toujours fuyante, qui semble laisser loin derrière lui l'imagination naïve des sphères de l'astronomie antique. Mais c'est une illusion : à y bien regarder, la conception bornée de Dante n'est pas une vue de l'univers plus étroite et plus exposée à paraître puérile, aujourd'hui, que les images du gouffre cosmique de Victor Hugo; elle a du moins le mérite de la clarté, tandis que, pour celui-ci, l'infini et même le simple gigantesque sont dans les mots seulement; l'obscurité plane sur la chose, qu'on ne sait absolument où voir et où placer.
Il y a un autre rapport curieux entre ces deux poèmes. Dante a porté dans sa trilogie des séjours du bien et du mal la grande préoccupation que l'on sait des hommes et des choses de sa patrie
VICTOR HUGO. t)
florentine. De même, Victor Hugo, dont l'amour aveugle pour la « ville univers », « la ville lumière » est célèbre, a fait, et comptait encore plus faire, dans l'œuvre qu'il a laissée inachevée, une place disproportionnée aux choses de la France et de Paris. Peut-être n'y a-t-il rien là que de juste et de naturel, chez un poète; on prend près de soi son inspiration et ses exemples; mais l'enflure est toujours de trop, et des mythes qu'on adapte à des faits réels et vivants produisent un singulier effet. Les jugements de Dante portaient, même en des points où ses passions rétrécissaient son point de vue, la marque du sérieux le plus tragique, mais on ne peut rien trouver de sérieux dans des mythes baroques, tels que celui de certaine pierre, dont jadis Abel fut frappé par Caïn, et qui, ramassée par la goule Isis Liïdh, semée sur les bords de la Seine, fécondée par le souffle de Satan, a germé et s'est mise à croître en forme de tour de la Bastille, pour l'oppression d'un peuple qui est « l'Homme même », la France '.
Cette Isis-Lilith, « l'âme noire du monde », ce démon qui dit : « Moi, la fatalité... Anankè, c'est moi », essaie de résister à l'ange Liberté qui pénètre dans le « cloaque infini » où flotte le