‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 23 sur 95 · William Shakespeare, ibid · texte numérisé non relu

William Shakespeare, ibid

a-t-elle contribué — ce n'est point alors un service qu'elle lui aurait rendu — à lui faciliter la conception objective de ses idées sur la matière animée, sur la vie et les intentions des éléments, et sur les métamorphoses des êtres, idées auxquelles le portait d'autre part son génie mythologique. Par exemple, l'observation si commune des similitudes du visage humain avec les traits de différents animaux, et celle des relations symboliques dont nous sommes frappés entre ces traits et tels et tels des vices des hommes, prennent dans l'esprit de Victor Hugo une forme réaliste : il voit l'animal même, dans l'homme; ou plutôt il voit dans l'àme de l'homme la réalité dont l'animal n'est que la représentation et l'ombre :

« Dans notre conviction, si les âmes étaient visibles aux yeux, on verrait distinctement cette chose étrange, que chacun des individus de l'espèce humaine correspond à quelqu'une des espèces de la création animale; et l'on pourrait reconnaître cette vérité, à peine entrevue par le penseur, que, depuis l'huître jusqu'à l'aigle, depuis le porc jusqu'au tigre, tous les animaux sont dans V homme, et que chacun d'eux est dans un homme. Quelquefois même plusieurs d'entre eux à la fois.

« Les animaux ne sont autre chose que les figures de nos vertus et de nos vices, errantes devant nos

yeux, les fantômes visibles de nos âmes. Dieu nous les montre pour nous faire réfléchir. Seulement, comme les animaux ne sont que des ombres, Dieu ne les a point fait éducables dans le sens complet du mot; à quoi bon? Au contraire, nos âmes étant des réalités et ayant une fin qui leur est propre, Dieu leur a donné l'intelligence, c'està-dire l'éducation possible. L'éducation sociale bien faite peut toujours tirer d'une âme, quelle qu'elle soit, l'utilité qu'elle contient.

« Ceci soit dit, bien entendu, au point de vue restreint de la vie terrestre apparente, et sans préjuger la question profonde de la personnalité antérieure ou ultérieure des êtres qui ne sont pas l'homme. Le moi visible n'autorise en aucune façon le penseur à nier le moi latent. Cette réserve faite, passons.

« Maintenant, continue Victor Hugo, si l'on admet un moment avec nous, que dans tout homme il y a une des espèces animales de la création, il nous sera facile de dire ce que c'était que l'of licier de paix Javert l. » Il s'agit du personnage de roman si connu, que l'auteur compare à un chien fils d'une louve et portant une face humaine.

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