‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 43 sur 95 · Lrs Quatre Vents de Fespril, HT · texte numérisé non relu

Lrs Quatre Vents de Fespril, HT

Qui sait si quelque jour, brisant l'antique affront,

Il {l'homme) ne lui dira pas : « Envole-toi, matière! »

S'il ne franchira point la tonnante frontière,

S'il n'arrachera pas de son corps brusquement

La pesanteur, peau vile, immonde vêtement

Que la fange hideuse à la pensée inflige,

De sorte qu'on verra tout à coup, ô prodige,

Ce ver de terre ouvrir ses ailes dans les cieux ' !

La pensée de ce chant du satyre, celle des morceaux analogues, dans lesquels l'homme « séditieux » est représenté marchant à la conji quête du divin, volant à Dieu le feu, comme Proïnéthée, montant à l'assaut du ciel, comme les géants, est raccordée avec les idées modernes par les espérances nées des découvertes des sciences expérimentales : « Jadis les premières races humaines voyaient avec terreur passer devant leurs yeux l'hydre qui soufflait sur les eaux, le dragon qui vomissait du feu, le griffon qui était le monstre de l'air et qui volait avec les ailes d'un

1. La Léi/ende des siècles : « le Satyre ». — L'idée d'échapper à la loi de la pesanteur n'est pas aperçue dans toute sa portée par le poète, qu'on peut supposer — étrange soupçon, s'il s'agissait d'un autre que lui — n'avoir pas su, ou avoir voulu ignorer que la même loi commande la pesanteur terrestre et la gravitation des astres. D'une part, en effet, il envisage l'humanité délivrée de la chaîne de la pesanteur; de l'autre, il veut qu'elle reste liée au monde divin par ce fragment de la chaîne du ciel, de la chaîne d'azur, qui est un orbite d'astre, et qu'elle continue à faire son cercle autour de la lumière (lot: cit.).

aigle et les griffes d'un tigre; bêtes effrayantes qui étaient au-dessus de l'homme. L'homme cependant a tendu ses pièg'es, les pièg'es sacrés de l'intelligence, et il a fini par y prendre les monstres. Nous avons dompté l'hydre, et elle s'appelle le steamer ; nous avons dompté le dragon, et il s'appelle la locomotive; nous sommes sur le point de dompter le griffon, nous le tenons déjà, et il s'appelle le ballon. Le jour où cette œuvre prométhéenne sera terminée, et où l'homme aura définitivement attelé à sa volonté la triple Chimère antique, l'hydre, le dragon et le griffon, il sera maître de l'eau, du feu et de l'air, et il sera pour le reste de la création animée ce que 1rs anciens dieux étaient jadis pour lui1. »

Cet enivrement de la Science, ce délire, car c'en est un, qui empêche de songer aux assujettissements et aux douleurs et mrsères de toutes les sortes dont la Chimère la mieux machinée ne promet pas le remède, Victor Hugo, malgré les images qu'il emprunte à la titanomachie, ne le pousse pas jusqu'à la déclaration de guerre à Dieu, il enferme la sédition dans l'enceinte de la Providence. C'est, dit-il, à un endroit, en parlant de cette conquête du ciel, — et par une contradiction

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