‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 49 sur 95 · L'Année terrible, Juillet, II · texte numérisé non relu

L'Année terrible, Juillet, II

guerre n'a jamais fondé la paix; il faudrait essayer d'une autre méthode.

Et cette méthode n'est pas plus l'amour et la pitié que la colère, mais bien la justice : la justice, œuvre difficile et qui ne se paie "point de sentiments bons ou mauvais. C'est ce que Victor Hugo a malheureusement ignoré, dans la plupart de ses ouvrages, dont l'enseignement moral a été on peut dire nul, pour cette raison. Mais le nom de Injustice était trop beau pour qu'il voulût en priver ses vers, et il en a paré les plus magnifiques, en prenant ce biais de dire que, l'homme n'étant pas responsable, c'est la pitié qui est elle-même la justice. Le titre est fraternité :

Je rêve l'équité, la vérité profonde.

L'amour qui veut, l'espoir qui luit, la foi qui fonde,

Et le peuple éclairé plutôt que châtié.

Je rêve la douceur, la bonté, la pitié,

Et le vaste pardon...

Non, ce n'est pas errer et rêver que de croire

Que l'homme ne nait point avec une àme noire,

Que le bon est latent dans le pire, et qu'au fond

Peu de fautes vraiment sont de ceux qui les font.

L'homme est au mal ce qu'est à l'air le baromètre;

Il marque les degrés du froid ', sans rien omettre,

Mais sans rien ajouter, et, s'il monte ou descend,

Helas! la faille en est au vent, ce noir passant...

1. A ajouter aux traits, faciles à multiplier, dont nous avons rassemblé ailleurs des exemples. Notez que thermomètre aurait aussi bien fait pour la rime.

Hommes, pardonnez-vous. 0 mes frères, vous êtes Dans le vent, dans le gouffre obscur, dans les tempêtes; Pardonnez-vous. Les cœurs saignent, les ans sont courts; Ah! donnez-vous les uns aux autres ce secours! Oui, même quand j'ai fait le mal, quand je trébuche Et tombe, l'ombre étant la cause de l'embûche, La nuit faisant l'erreur, l'hiver faisant le froid, Être absous, pardonné, plaint, aimé, c'est mon droit.

Nous voyons une fois de plus que Victor Hugo ne s'arrête pas devant l'absurdité. Voici maintenant les vers magnifiques dont nous avons parlé :

Un jour je vis passer une femme inconnue.

Cette femme semblait descendre de la nue;

Elle avait sur le dos des ailes, et du miel

Sur sa bouche entr'ouverte, et dans ses yeux le ciel.

A des voyageurs las, à des errants sans nombre,

Elle montrait du doigt une route dans l'ombre,

Et semblait dire : On peut se tromper de chemin.

Son regard faisait grâce à tout le genre humain;

Elle était radieuse et douce; et, derrière elle,

Des monstres attendris venaient, baisant son aile,

Des lions graciés, des tigres repentants,

Nemrod sauvé, Néron en pleurs; et par instants

A force d'être bonne elle paraissait folle.

Et, tombant à genoux, sans dire une parole,

Je l'adorai, croyant deviner qui c'était.

Mais elle — devant l'ange en vain l'homme se tait —

Vit ma pensée, et dit : Faut-il qu'on t'avertisse?

Tu me crois la Pitié; fils, je suis la Justice '■>.

Le poème de la Pitié suprême est un développement des mêmes pensées. Il s'ouvre par le san-

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