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L'Art d'élire grand-père, XVIII

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glot tragique de l'histoire, les voix tumultueuses de la haine. La conscience et la raison jugent et punissent. De là les Isaïe, les Dante : « Ils sont les juges d'ombre, ils sont l'équité noire ». Le poète fuit ce passé lamentable et cherche la « justice étoilée ». Songeons à l'enfant : innocent, ingénu, cet être charmant devient un être « échoué dans le monstre, à mi-chemin du dieu », s'il est façonné par Y éducation d'un prince.

« Tout ce peuple est à vous », disait Villeroy au jeune Louis XV, en lui montrant la foule, du haut du balcon de Versailles. Et maintenant : « Supposons-nous l'enfant... Est-il un seul de vous qui réponde de lui?... 0 vivants, soyez bons, priez, faites l'aumône. A qui l'aumône? A tous. Souvenez-vous qu'ici La compassion sainte est une aumône aussi '. » Le poème se poursuit par le tableau de la descente des meurtriers et des tyrans dans la spirale de l'ombre. Et puis : J'ai, penseur, scruté, sondé, mesuré les lois, les temps et les hommes, passé la revue de l'histoire et de ses monstres : « J'ai vu, j'ai comparé leur nature à la nôtre; J'ai pesé les forfaits, j'ai dédoré les noms, Et, frémissant, j'arrive à ceci : Pardonnons! »

1. La Pitié suprême, 11-111. — Le mot de Villeroy est rapporté dans les Mémoires de Saint-Simon.

;Les rois les meilleurs ont leur part du crime et de la chaîne. « Tous ont au front la main sanglante de l'histoire. Anathème sur tous! — Et c'est précisément Cette fatalité qui fait mon tremblement... 'Ces hommes n'étaient pas pires que d'autres hommes; Ce qui fait les Césars, c'est l'air fatal lies Romes... Tout homme naît bon, pur, généreux, juste, probe, Tendre, et toute âme éclôt étoile xux mains de Dieu...

L'ignorance et la nuit sont les deux sœurs lugubres. L'une a les cœurs malsains, les esprits insalubres, Les cerveaux bas; et l'autre a la stagnation Des ténèbres pesant sur la création...

Elles font de la mort; dès qu'avec l'une d'elles, En présence du sort et du doute, il est seul, L'homme tremble; elles sont toutes deux le linceul, Et soufflant les flambeaux, le guet-apens infâme Que l'une fait au ciel, l'autre le fait à l'âme. »

Le Songeur voit les deux extrêmes de la destinée humaine en ces deux types vivants, le paria le l'Inde et le Roi : « et de ces deux damnés, dis, equel plaindras-tu? L'un est hors du bonheur, l'autre de la vertu. Quel est le plus fatal et le plus solitaire, Dis, l'homme qui n'a pas sa part de pain sur terre, Ou l'homme qui n'a pas sa part de vérité ? » Le rôle du songeur est de consoler ces maudits; c'est lui « qui leur prodiguera la bonté vénérable...

Attendri sur l'effet par l'énigme des causes, Ayant devant l'esprit l'obscurité des choses,

Il se couchera, grave, indulgent, attristé, Sur ce vaste fumier qu'on nomme humanité, Et, des abjections compagnon volontaire, Voyant la tyrannie et le tyran à terre, Pour racler cet ulcère il prendra ce tesson. Oh! plaindre, c"est déjà comprendre...

Un ange vit un jour les hommes dans la nuit; 11 leur cria du haut de la sereine sphère : Attendez; je vous vais chercher de la lumière. Il revint apportant dans sa main la pitié ••

La notion de la responsabilité est directement impugnée dans le passage suivant : « Sait-on pourquoi Ton vient et d'où l'on est venu? Le fœtus choisit-il son destin? Est-on maître D'indiquer son endroit et son heure pour naître? Ah! vous voulez qu'on soit responsable? De quoi? D'être homme de tel siècle ou bien fils de tel roi?... Est-on donc accusable et sera-t-on puni De la place où vous met l'obscure destinée, Quand, semence de vie au vent abandonnée, On éclôt sur la terre, humble esprit frémissant 2? » Après une suite de morceaux, dont quelques-uns — et ce sont les plus beaux — développent le thème platonicien du malheur du méchant, et le thème évangélique de la bonté pure, du bien rendu pour le mal; après force répétitions aussi, et la paraphrase dix fois recommencée des mêmes pensées, le poème sej

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