‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 51 sur 95 · Iôid., X · texte numérisé non relu

Iôid., X

termine par l'accusation, moins puérile, en somme, que mythologique et manichéenne, si l'on fait attention aux termes, contre Yir/noroner cl la nuit :

Tout le crime ici-bas est fait par l'ombre lâche Haïssons, poursuivons, sans trêve, sans relâche. Les ténèbres, mais non, frères, les ténébreux. Frappés par eux, broyés par eux, pleurons sur eux. Ali! si l'on eût tourné vers la clarté leur crâne. S'ils eussent eu leur part de la céleste manne. S'ils eussent vu le vrai, tous ces infortunés, Seraient-ils les bourreaux, les monstres, les damnés? Non, Tout homme qui voit lu lumière l'adore.

Suit une énumération de criminels pris au hasard dans l'histoire. Le poète les plaint et termine par ce vers, qui est le dernier du poème : Et je dis à la Nuit : Répondez, accusée '.

Remarquons, en quittant ce sujet, que les mêmes pensées platoniciennes sur les bons et les méchants, avec la thèse, qu'il est meilleur de souffrir l'injustice que de la commettre, étaient déjà exprimées dans une des plus belles pièces des Contemplations : les Malheureux. L'opinion de l'irresponsabilité n'est venue s'y joindre, bien décidée, que quinze ans plus tard, dans V Année terrible, et, enfin, dans la Pitié suprême : effet du progrès du siècle ! Il est vrai que certains passages du roman des Misérables nous montrent déjà

l'Ignorance personnifiée, élevée au rôle d'une essence cosmique. On y trouve aussi le paradoxe fameux d'Helvétius, sur l'égalité des esprits, embrassé en ce qui concerne les dispositions morales : « Humanité est identité. Tous les hommes sont la même argile. Nulle différence, ici-bas du moins, dans la prédestination. Même ombre avant, même chair pendant, même cendre après. Mais l'ignorance mêlée à la pàfe humaine la noircit. Cette incurable noirceur gagne le dedans de l'homme et y devient le Mal1. » N'ou-~ blions pas que c'est dans ce même roman que se trouvent les plus belles pages écrites en ce siècle pour l'illustration de la conscience au point de vue pratique, et l'exaltation du sentiment de la responsabilité morale chez un homme sans culture, chez un ignorant.

Et maintenant comment concilier, chez le poète, ces deux notes opposées : d'une part, le culte de la bonté et de l'amour, l'universelle indulgence motivée par la solidarité humaine, par l'ignorance fatale, par la loi du progrès ; de l'autre, l'indignation, la colère, la satire amère, parfois atroce, des choses du présent et des personnes, l'injure, la menace, l'emportement contre des

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