Les Misérables, 11e partie, vu. S
crainte; l'anxiété, c'est un conseil d'agenouillement. La prière, énorme force propre à l'àme, est de même espèce que le mystère. La prière s'adresse à la magnanimité des ténèbres; la prière regarde le mystère avec les yeux mêmes de l'Ombre, et, devant la fixité puissante de ce regard suppliant, on sent un désarmement possible de l'Inconnu. Cette possibilité entrevue est déjà une consolation1. »
Rapprochons de l'idée de la prière, ainsi humainement et psychologiquement entendue, celle de Yhôrreur sacrée, sujet sur lequel Victor Hugo a été profond et éloquent, et qui se lie pour lui au dualisme caractéristique de la nuit et de la lumière. Le poète décrit les émotions engendrées par la contemplation de la nuit chez un homme, le héros des Travailleurs de la mer, qu'il appelle « un grand esprit trouble et un grand cœur sauvage ». Choisissons quelques traits de ce tableau :
« Un indicible plafond de ténèbres; une haute obscurité sans plongeur possible; de la lumière mêlée à cette obscurité, on ne sait quelle lumière vaincue et sombre; de la clarté mise en poudre; est-ce une semence? est-ce une cendre? des millions de flambeaux, nul éclairage; une vaste igni-