‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 59 sur 95 · Les Quatre Vents de l'esprit, I · texte numérisé non relu

Les Quatre Vents de l'esprit, I

es œuvres philosophiques du comte Tolstoï, par

xeinple. Dans Ma religion, et encore ailleurs, ce

pur moraliste chrétien demande que les préceptes

vangéliques de ne juger point et ne résister point

oient pris à la rigueur de la lettre et réellement

Dbservés. Son principe est que la vraie vie, c'est de

vivre pour autrui, mais que la société ne doit pas

être une institution juridique de contrainte; qu'il

àut donc laisser toutes choses aller, sans recours

la force, sans tribunaux et sans autre intervention, quoi qu'il puisse arriver, que celle de l'exhortation et du dévouement. Victor Hugo, nous l'avons déjà remarqué, n'est pas moins porté, selon que

ouftle chez lui l'esprit, du côté du principe de justice que de celui du principe de charité absolue, mais la méthode poétique qui lui est naturelle et comme incarnée ne lui permet pas de penser que ses sentiments, quand il en éprouve d'opposés, aient besoin d'être conciliés. Au surplus, on a vu à notre époque des auteurs d'un mérite très

econnu et très vanté, dont les études, les sujets qu'ils ont traités exigeaient de la logique, une conclusion ferme, la mise en accord des vues et des opinions variées par lesquelles ils passaient, ne point viser à plus de cohérence, et n'avoir pas des exigences d'esprit plus rationnelles que notre poète. iNous citerons l'illustre auteur des Origines du

christianisme; il a dû à cette facilité, on le montrerait sans peine si c'était le lieu, ses éminentes qualités littéraires.

Victor Hugo, emporté par la haine de l'échafaud, arrive sans s'en apercevoir à des pensées presque semblables à celles du grand romancier russe, et qui, si on les pressait un peu, en passant de la question de la peine capitale à celle du jugement et de la peine en général, pourraient aboutir à la négation de la loi de crainte comme lien social

Le vieux glaive du juge a la nuit pour fourreau.

Le tribunal ne peut de ce fourreau livide

Tirer que la douleur, l'anxiété, le vide,

Le néant, le remords, l'ignorance et l'elTroi,

Qu'il frappe au nom du peuple ou venge au nom du roi.

Justice! dites-vous. Qu'appelez-vous justice ? Qu'on s'entr'aide, qu'on soit des frères, qu'on vêtisse Ceux qui sont nus, qu'on donne à tous le pain sacré. Qu'on brise l'affreux bagne où le pauvre est muré, Mais qu'on ne touche point à la balance sombre! Le sépulcre où, pensif, l'homme naufrage et sombre, Au delà d'aujourd'hui, de demain, des saisons, Des jours, du flamboiement de nos vains horizons, El des chimères, proie et fruit de notre étude, A son ciel plein d'aurore et fait de certitude; La justice en est l'astre immobile et lointain. Notre justice à nous7 comme notre destin, Est tâtonnement, trouble, erreur, nuage, doute; Martyr, je m'applaudis; juge, je me redoute...

Quel pas aurez-vous fait pour avoir ajouté

A votre obscur destin, ombre et fatalité,

Cette autre obscurité que vous nommez justice?...

0 vivant?, c'est démence; et qu'aurez- vous gagné Quand, d'un culte de mort lamentables ministres, Vous aurez marié ces infirmes sinistres, La justice boiteuse et l'aveugle Ânankè ' ?

1. Les Quatre Vents de l'esprit, loc. cit. — Pour la discussion, souvent éloquente, des arguments d'ordre plus commun contre la peine de mort, il faut citer le discours pour la défense de Charles Hugo en cour d'assises (11 juin 1851); — la lettre écrite en 1862, à propos d'un projet de Constitution pour Genève; et divers actes d'intervention en faveur de condamnés à mort : Tapner, à Guernesey (1854), John Brown (1859), Bradley, à Jersey (1S6S). N'oublions pas de nombreuses apostilles de recours en grâce, non plus que les quatre vers adressés au roi Louis-Philippe après la condamnation à mort de Barbes, le 12 juillet 1839.

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