I. Les Misérable*. IV partie, xiv
vaste activité simultanée, qui va et vient, monte, descend et remonte dans ces obscurités, et qui transforme lentement le dessus par le dessous et le dehors par le dedans ; immense fourmillement inconnu. La société se doute à peine de ce creusement qui lui laisse sa surface et lui change les entrailles. Autant d'étages souterrains, autant de travaux différents, autant d'extractions diverses. Que sort-il de toutes ces fouilles profondes? L'avenir...
« Au-dessous de toutes ces mines que nous venons d'indiquer, au-dessous de toutes ces galeries, de tout cet immense système veineux souterrain du progrès et de l'utopie... plus bas, beaucoup plus bas, et sans relation aucune avec les étages supérieurs, il y a la dernière sape. Lieu formidable... C'est la fosse des ténèbres, c'est la cave des aveugles. Inferi. Ceci communique aux abîmes.
« Là le désintéressement s'évanouit. Le démon s'ébauche vaguement; chacun pour soi. Le moi sans yeux hurle, cherche, tâtonne et ronge. Les silhouettes farouches qui rôdent dans cette fosse, presque bêtes, presque fantômes, ne s'occupent pas du progrès universel, elles ignorent l'idée et le mot, elles n'ont d'autre souci que l'assouvissement individuel... Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes... Cette cave a pour but
l'effondrement de tout. Elle ne mine pas seulement Tordre social actuel; eile mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle, mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine la révolution, elle mine le progrès. Elle s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Elle est ténèbres, et elle veut le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance. Toutes^ les autres, celles d'en haut, n'ont qu'un but. la supprimer. C'est là que tendent, par tous leurs organes à la fois, par l'amélioration du réel, comme par la contemplation de l'absolu, la philosophie et le progrès. Détruisez la cave Ignorance, vous détruisez la taupe Crime l. »
Nous avons relevé, dans un autre endroit, Terreur qui se môle à cette description du « troisième dessous » de l'édifice social : Prendre la cause de la corruption humaine, essentiellement, dans l'ignorance et dans la misère, — dans la misère, sans remonter à ses sources chez le misérable lui-même, et sans songer aux vices du cœur, que nous voyons se développer dans tous les milieux moraux, et qui donnent à l'entière perversion toutes ses ouvertures. Victor Hugo observateur et romancier en a su plus long sur la répartition des