Les Misérables, IIe partie, vu
nous ne pouvons nous attribuer à nous-mêmes que l'idée d'existence? En d'autres termes, n'est-il pas l'absolu dont nous sommes le relatif? En même temps qu'il y a un infini hors de nous, n'y a-t-il pas un infini en nous? Ces deux infinis (quel pluriel effrayant!) ne se superposent-ils pas l'un à l'autre? Le second infini n'est-il pas pour ainsi dire sous-jacent au premier? n'en est-il pas le miroir, le reflet, l'écho, abîme concentrique à un autre abîme? Ce second infini est-il intelligent lui aussi? Pense-il? aime-t-il? veut-il? Si les deux infinis sont intelligents, chacun d'eux a un principe voulant, et il y a un moi dans l'infini d'en haut comme il y a un moi dans l'infini d'en bas. Le moi d'en bas, c'est l'âme; le moi d'en haut, c'est Dieu '. »
Il n'est pas trop difficile de démêler une pensée réelle dans l'embarras de ces notions confuses sur l'infini, la substance, l'essence et l'immanence; c'est qu'il y a un être à qui rien ne fait défaut, dont nous sommes nous-mêmes des sortes d'imitations imparfaites, et auquel ne peuvent manquer la conscience et la volonté, qui sont nos propres attributs à l'état borné, mais que nous sommes capables de concevoir à l'état non borné.