Les Contemplations, III
Sous ton crâne, caveau muré, ne sens-tu pas Comme un ange enfermé qui sanglote tout bas? Qui meurt, grandit. Le corps, époux impur de l'âme, Plein des vils appétits d'où naît le vice infâme, Pesant, fétide, abject, malade à tous moments, Branlant sur sa charpente affreuse d'ossements, Gonflé d'humeurs, couvert d'une peau qui se ride. Souffrant le froid, le chaud, la faim, la soif aride, Traîne un ventre hideux, s'assouvit, mange, et dort. Mais il vieillit enfin, et, lorsque vient la mort. L'âme, vers la lumière éclatante et dorée, S'envole, de ce monstre horrible délivrée1.
La forme sous laquelle se représentent assez ordinairement la vie future, à notre époque, ceux tles croyants qui ne sont point attachés à une religion positive, c'est ce qu'on a nommé brièvement Y immortalité dans les astres. Cette manière de fixer ses idées sur un problème si complètement indéterminé s'est aussi présentée à Victor Hugo, et il en parle comme s'il y fût parvenu par un grand effort de méditation personnelle. « J'en Suis venu, dit-il,
A croire qu'à la mort, continuant sa route, L'âme se souvenant de son humanité!
Envolée à jamais sous la céleste voûte, À franchir l'infini passait l'éternité,
Et qu'ainsi, faits vivants par le sépulcre même, Nous irions tous un jour, dans l'espace vermeil. Lire l'œuvre infinie et l'éternel poème. Vers à vers, soleil à soleil!...