‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 8 sur 95 · SOUS TERRE · texte numérisé non relu

SOUS TERRE

Laisse-moi. — Non. — 0 griffe sombre, Bouche horrible! ô torture! ô deuil!

Pourquoi te glisses-tu dans l'ombre Par les fentes de mon cercueil?

— Il faut renouveler ma sève, O mort, voici le doux été.

Toute la nature qui rêve, Spectre, a besoin de ma beauté!...

Et pendant que l'aube m'arrose, Ma racine vers toi descend.

— Qui donc es-tu'? — Je suis la rose.

— Et que veux-tu? — Boire ton sang 1.

L'idée de cette loi terrible du monde, la dévo- 'ation mutuelle des êtres, occupe une place consilérable dans le poème de Victor Hugo qui a pour itre Dieu :

L'atome est un bandit qui dévore l'atome;...

La rosée en sa perle a Typhon et Satan;

Ils s'y tordent tous deux à jamais: l'éphémère

Est Moloch ; l'infusoire, effroyable chimère,

Grince, et si le géant pouvait voir l'embryon,

Le Béhémoth fuirait devant le vibrion.

Le moindre grain de sable est un globe qui roule

Traînant comme la terre une lugubre foule

Qui s'abhorre, et s'acharne, et s'exècre, et sans fin

Se dévore; la haine est au fond de la faim...

Toute gueule est un gouffre, et qui mange assassine. L'animal a sa griffe et l'arbre a sa racine,... Tout se tient et s'embrasse et s'étreint pour se mordre; Un crime universel et monstrueux est l'ordre...

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