‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 88 sur 95 · Les Contemplations, VI · texte numérisé non relu

Les Contemplations, VI

L'homme est à peine né qu'il est déjà passé,

E c'est avoir fini que d'avoir commencé.

Derrière le mur blanc, parmi les herbes vertes,

La fosse obscure attend l'homme, lèvres ouvertes.

La mort est le baiser de la bouche tombeau.

Tâche de faire un peu de bien, coupe un lambeau

D'une bonne action, dans cette nuit qui gronde;

Ce sera ton linceul dans la terre profonde.

Beaucoup s'en sont allés qui ne reviendront plus

Qu'à l'heure de l'immense et lugubre reflux;

Alors on entendra des cris. Tâche de vivre;

Crois. Tant que l'homme vit, Dieu pensif lit son livre.

L'homme meurt quand Dieu fait au coin du livre un pli.

L'espace sait, regarde, écoute. Il est rempli

D'oreilles sous la tombe, et d'yeux dans les ténèbres.

Les morts, ne marchant plus, dressent leurs pieds funèbres;

Les feuilles sèches vont et roulent sous les cieux.

Ne sens-tu pas souffler le vent mystérieux"?

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