‹ Victor Hugo, le poèteChapitre 10 sur 84 · LA PREFACE DE © CROMWELL · texte numérisé non relu

LA PREFACE DE © CROMWELL

de la lumiéreet.de-lombre. Maintenant il la rattache étroitement a cette théorie—

M™ede Staél avait tiré une définition du romantisme. Les anciens ont, dit-il, rejeté de l'art tout ce qui s’écarte du type du beau. Sous Vinfluence du christianisme, la poésie a fait comme la nature, ete mélé Vombre a la lumiere, le grotesque au sublime, en d’autres termes, le corps a l’&me, la béle @ Vesprit ». Suit une appréciation ee lante des éléments grotesques et diaboliques apportés dans Tart par le moyen age. La marche générale de l'art depuis lantiquilé est un passage suecessif de l’ode a lépopée, et de l’épopée au “drame, c’est-a-dire de Vidéal au grandiose, et du “grandiose au réel. L’introduction du grotesque

danslé beau; par opposition au sublime, est un

caractére du réel, principalement dans le drame, “qui est Ia peinture de Ja vie. Au surplus, le dramatique rejoint le lyrique, la fin le commencement,

Ainsi « le réel résulte de la combinaison toute naturelle de deux types, le sublime et le grotesque, qui se croisent dans le drame comme ils se croisent dans la vie et dans la création »; et cette vue des choses est éminemment celle qui convient & une ére du monde ot le sentiment

e historique des rapports du christianisme et de l’art, de laquelle.

Qu VICTOR HUGO

serein du beau pur et sans contraste a quitté les hommes.

« Du jour ot le christianisme a dit & "homme : « Tu es double, tu es composé de deux étres, « l'un périssable, l'autre immortel, un charnel, « Vautre éthéré, lun enchainé par les appétits, « les besoins et les passions, l'autre emporté sur « les ailes de l’enthousiasme et de la réverie; « celui-ci enfin toujours courbé vers la terre sa « mere, celui-la sans cesse élancé vers le ciel, sa « patrie », de ce jour, le drame a été créé. Est-ce autre chose, en effet, que ce contraste de tous les jours, que cette lutte de tous les instants entre deux principes opposés qui sont loujours en présence dans la vie et qui se disputent Phomme depuis le berceau jusqu’a la tombe? »

Victor Hugo s'est trompé certainemeut en rattachant a la révélation chrétienne, comme il

semble le faire, l’origine de la doctrine de l’4me

et de son immortalité, et la pensée la plus radi-

cale de la duplicité de homme sous la forme de —

lopposition de lesprit et de la matitre. On peut s’étonner davantage qu’il n’ait pas voulu reconnaitre les caracteres du drame dans le théatre des

Grecs. Mais ila vu juste en attribuant au chris- }

tianisme, méme en dehors des superstitions du moyen age elt comparativement au polythéisme

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grec, une cosmothéorie dualiste, un vrai parlage du monde créé entre Dieu et le diable. Et on sexplique que la complexité des idées et des sentiments de la civilisation moderne, dont nous sommes frappés dans le théatre de Shakespeare, en contraste avec l’unité et la simplicité des conceptions dramatiques d’Eschyle, de Sophocle, et -méme d’Euripide, ait favorisé la distinction, quoique dénuée de tout fondement esthétique, entre les tragédies de ces povtes et ce que nous appelons le drame, d'un nom qui nest pas moins -emprunté que l’autre a leur langue. Mais la n’est pas encore l’erreur capitale de “notre poéte, celle qui a porté le plus grand préjudice & ses drames et a ses romans, et nui a leur popularité, en dépit du génie qui y éclate a tant d’endroits, et des beautés d'un style sans défaillances. On a pu remarquer, dans un passage cité tout & heure, cette expression : la combinaison toute naturelle du grotesque et du sublime. Il est “parlé aussi, au méme propos, de la « poésie vraie », de la « poésie complete » qui, cherchée dans le croisement du grotesque et du sublime, s‘obtient par I'harmonie des contraires. Mais le ‘contraste cherché et systématique s’éloigne du naturel dans la plupart des cas, et ne fait pas de lui-méme Vharmonie des éléments qu'il oppose.

Il la fait moins que jamais, quand chacun des deux éléments est poussé, de son célé, a Vextréme et a l’extraordinaire, en sorte que le sentiment de la réalité, naturellement lié 4 impression regue du vraisemblable, s’affaiblit, et, avec lui, l’émotion, qui exige Villusion esthétique de la réalité. Victor Hugo, persuadé que, « comme objectif aupres du sublime, comme moyen de contraste,’ le grotesque est la plus riche source que la nature puisse ouvrir & l'art », se fit une loi de méler a tout ce qui-est action et comédie humaine, dans ses ouvyrages, un personnage difforme, un monstre autant que possible, au physique ou au moral, ou les deux 4 la fois; a tout le moins un étre poussant le caractere que lui donne le poéte aux limites de Vimpossible. De 1a la froideur souvent remarquée des spectateurs ou lecteurs, en présence de compositions romanesques ou dramatiques, exécutées par un grand artiste, et qui semblent, quand on les analyse, réunir au plus haut degré les conditions requises pour exciter la terreur et la pitié, ces deux objets éternels de la tragédie.

On pourrait dire que le poéte qui, écolier de génie, a composé les romans de Bug Jargal et de Han dIslande n’a fait plus tard que maximer sa propre tournure desprit, mettre en précepte,

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