‹ Victor Hugo, le poèteChapitre 9 sur 84 · LA PREFACE DE « CROMWELL » 2A · texte numérisé non relu

LA PREFACE DE « CROMWELL » 2A

toujours suivi. L’ « imitation de la nature » par Vart n’en doit pas étre la « copie », dit-il; il n’y a-pomt d’art sans les conventions; les conventions n’excluent pas la réalité, mais « la réalité selon Tartest profondément différente de la réa- litéselon la nature ». Le thédtre — c’est surtout du théAtre qu’il s’agit, mais ses lois se transportent évidemment a toute composition qui présente a lesprit en somme wn spectacle,/— le théatre est « un point d’oplique », le drame « un miroir de concentration ». Le nodte doit chotsir, non le beau proprement, exclusivement, mais le caractéristique, et éviter le commun, en quoi l’emploi du vers est d’un merveilleux usage. Le commun comprend les fleurs de rhétorique, la description et-ta—périphrase substituées aux choses ellesmémés, a leurs véritables noms.

“Il convient de distinguer entre le principe général de l’idéalisme hoe lart, et un certain systeme de composition adopté en vue d’un enseignement moral a donner, d'une these morale a soutenir. Nous verrons plus loin comment Victor Hugo est tombé, sous ce dernier rapport, dans une erreur qui a nui considérablement au succes de ses drames, et méme, en partie, de ses romans. Ici, 4 propos de la préface de Cromwell, nous avons 4 montrer l’une des sources de son erreur,

mais qui est en méme temps une grande et importante caractéristique de inspiration de son génie, des sentiments et des émotions de sa vie entiére, et enfin de ses méditations de songeur. Je veux parler de la pensée fondamentale ou réside la cause de ce qu’on a appelé chez lui le gott™ et l'abus de l’antithtse, et qui n’est, aux yeux du philosophe, autre chose que l’interprétation du monde au point de vue dwaliste, disons tout de suite manichéen, pour élre bien compris, quoique ce dernier mot ne puisse étre complétement justifié que par le livre des Contemplations et d’autres ouvrages des trente dernitres années du~ poete. — Des l’époque o& nous sommes (1827), il se montre infiniment plus frappé que nul poéte ne Pavait été jusque-la, en dehors des divines comédies — car le nom leur est également applicable — de Dante et de Milton, frappé, dis-je, du dualisme du bien et du mal dans V'univers, du rapport de ce dualisme avec la doctrine chrétienne, — et, par suite, du rdle immense qu il doit jouer dans lart, si l'art s’inspire du christianisme, si envisage, imite et traduit en ses divers langages les spectacles de la création éclairés & la fois par la lumiére du ciel et les sombres lueurs de l’enfer. Plus tard, Victor Hugo généralisera l’opposition

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