Lhomie qui rit, I
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une autre de semblable nature, le flot : « Les vents font aboyer aprés les roches les flots, ces chiens. » Le mot ci-dessus : canaiile, doit s’interpréter étymologiquement; les vents et les flots sont également assimilés a des chiens furieux. On entend dans la nuit « leurs cavaleries » *. Notons quelques mots des plus caractéristiques, dans un morceau fameux du roman de Quatre-vingt-treize : la caronade lachée. Ce n’est plus dun élément naturel qu il s’agit la, mais d’un objet matériel fait de main d’homme, et secoué par les oscillations d’un navire, dans la -tempéte. « Crest, dit le potte, lentrée en liberté de la matiére; on dirait que cet esclave éternel se venge; il semble que la méchanceté qui est dans les objets que nous appelons inertes sorte et éclate tout a coup... Rien de plus inexorable que la colére de Vinanimé... Le monstre avait Yair de guetter Vhomme. Il y avait, on Veut pu croire, de la ruse dans cette masse,... c’était on ne sait quel gigantesque insecte de fer ayant ou -semblant avoir une volonté de démon. Par mo- ‘ments, cette sauterelle colossale,... ete. » \Il serait impossible de trouver une opposition plus
4. Les Travailleurs de la mer, ir partie, VI, 3; 2¢ partie, II, 1, 2, 6. — Quatre-vingt-treize, 1°° partie. Il, 7.
flagrante entre la méthode poétique, qui peint les mouvements désordonnés d’une masse libre, sur le pont d’un vaisseau, comme s’ils étaient ceux d'un étre vivant et passionné, et la méthode scientifique qui les envisage comme des applications de la loi de la gravitation & un corps dont la verticale menée du centre de gravité subit des déplacements par rapport a ses points d’appul. On peut faire fi de la poésie, mais pour peu qu'on Vaccueille, il faut savoir qu'elle est toujours cela, aun degré ou a un autre, et qu’elle ne fait en cela que garder la loi primitive du langage, ou y revenir, et que ceux qui le plus y reviennent sont les plus vrais poétes.
Les personnifications didées générales sont un autre chapitre. Victor Hugo ne les a pas ménagées. Il va sans dire quelles ont pu lui servir & formuler des theses fort absurdes. Mais ceci n’a point affaire & la question de poésie. Dans Année terrible, il a pris la Société, le Passé, la Misére et l'Ignorance, en guise de poétiques boucs émis-
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saires, quil a chargés des péchés du peuple afin — $s
d’innocenter les personnes :
accuse la Misére, et je traine 4 a barre
Cet aveugle, ce sourd, ce bandit, re barbare,
Le Passé.. comcast
Non, je n’accuse rien du présent, ni personne; Non, le cri que je pousse et le glas que je sonne,
C’est contre le passé, fant6me encor debout
Dans les lois, dans les mceurs, dans les haines, dans tout. J’accuse, 6 nos aieux, car l’heure est solennelle, Votre société, la vieille criminelle!
La scélérate a fait tout ce que nous voyons.....
Elle qui, fourvoyant les hommes, méme en France, Créa la cécité qu’on appelle ignorance.....
J’accuse le passé, vous dis-je, il a tout fait;
‘Quand il abrutissait le peuple, il triomphait.
Il a Dieu pour fantéme et Satan pour ministre: ‘Hélas! il a créé Vindigence sinistre,
Qui saigne et qui se venge au hasard, sans savoir, Et qui devient la haine, étant le désespoir !.
Réunissons, pour ne rien laisser de cdté de ce sujet si intéressant pour Ja critique, un certain nombre de traits isolés de personnification, qui servent souvent 4 donner un tour singulitrement poélique a la pensée; et voyons comment, d’autres fois, des mythes développés sortent du méme procédé.
Personnification du mot : on sait l’espece de culte voué par le povte au mot:
Car le mot, qu’on le sache, est un étre vivant. La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant.....
Personnification du vers :
Au milieu de cette humble et haute poésie,
Dans celte paix sacrée ou croit la fleur choisie, Ow Von entend couler les sources et les pleurs, Ou les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,