‹ Victor Hugo, le poèteChapitre 5 sur 84 · De V Allemagne, Préface : observations générales. as · texte numérisé non relu

De V Allemagne, Préface : observations générales. as

nations, au moyen age, et que l’on peut mettre en une sorte de paralléle avec la mythologie grecque. De 1a ce vocable auquel les disputes littéraires ont fait un si grand sort pendant un demi-siécle. Il nous vient d’ Allemagne.

« Le nom de romantique, dit M™° de Staél, dans le méme ouvrage publié en 1810, a été introduit nouvellement en Allemagne, pour désigner la poésie dont les chants nes troubadours ont été Vorigine, celle qui est née de la chevalerie et du christianisme. Si Vou n’admet pas que le paganisme et le christianisme, le nord et le midi, Vantiquité et le moyen Age, la chevalerie et les institutions grecques et romaines, se sont partagé empire de la littérature, l’on ne parviendra jamais & juger sous un point de vue philosophique le gout antique et le gout moderne. »

Arrivons & Vopposition des genres littéraires, et au changement temporaire d’acception de ce mot : classique, que nous voyons aujourd'hui en chemin de revenir & son premier sens, grace a Vadmission des principales ceuvres d'orieane soldisant romantique au nombre de nos classiques :

« On prend quelquefois le mot class7que comme synonyme de perfection. Je m’en sers ici dans une autre acception, en considérant la poésie classique comme celle des anciens, et la poésie

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romantique comme celle qui tient de quelque Maniere aux traditions cheyaleresques.. Cette division se rapporte également aux deux éres du monde : celle qui a précédé létablissement du christianisme, et celle qui I’a suivi..... La litiérature des anciens est chez les modernes une littérature transplantée; la littérature romantique ou cheyaleresque est chez nous indigéne, et c’est \notre religion et nos institutions qui l’ont fait éclore. Les écrivains imitateurs des anciens se ont soumis aux regles du gout les plus sévéres... Mais ces poésies d'apres l’antique, quelque parfaites qu’elles soient, sont rarement populaires, parce qu’elles ne tiennent, dans le temps actuel, a rien de national... La eee romantique est la seule qui soit susceptible encore d’étre perfectionnée, parce qu’ayant ses racines dans notre propre sol, elle est la seule qui puisse croitre et se © Vivifier de nouveau; elle exprime notre religion, elle rappelle notre histoire; son origine est ancienne, mais non antique. La poésie classique “doit passer par les souvenirs du paganisme pour arriver jusqu’a nous : lg poésie des Germains est Vére chrétienne des beaux-arts; elle se sert de nos — impressions personnelles pour nous émouvoir ; le genie qui l’inspire s’adresse immédiatement a notre ceur, et semble evoquer notre vie ellenm

méme comme un fantome, le plus puissant et le plus terrible de tous *. »

Les mots de M™° de Staél firent fortune, mais non ses idées, qui élaient fausses de tous points. Elle se trompail, en considérant la littérature de la chevalerie ct des légendes comme un produit desprit précisément chrétien, et des ouvrages. d'inspiration factice, tels que la Ballade de Lénore ou la Fiancée de Corinthe, comme des spécimens d'un genre littéraire, dans une division ou elle n’en comptait que deux pour le cours entier de Phistoire. Elle se trompait, en pensant que cette « poésie des Germains », ou de « Pere chrétienne des beaux-arts », pouvait étre et serail plus populaire chez nous que ne l'a été toute notre littérature depuis la Renaissance; enfin, qu’elle exprimait notre religion et nos souvenirs, et était susceptible de nouveaux développements. Mais ou M™* de Staél se trompait de la fagon la plus topique, parce que la l’erreur allait & ne savoir pas distinguer la forme du fond, et la poésie méme d’avec les sujets que traite le pole, ou les sentiments qu'il exprime, c’est quand elle voulait faire servir une différence dans les idées religieuses et dans le genre des images (mytho--

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