William Shakespeare, 2° partie, IV
hasard. Ceux qui aiment a chercher les raisons indirectes et éloignées, quoique tres réelles, des choses, sont libres d’imputer aux guerres de Napoléon, et & la plus injuste peut-étre de ‘celles que sa volonté perverse lui fit entreprendre, l'une des causes auxquelles il a tenu que la France | nait pas recu de Victor Hugo l’euvre de théatre vraiment nationale que le génie d’un si grand poete aurait pu conceyoir et exécuter en d’autres circonslances.
Sa critique de Shakespeare est, au surplus, un refus d’examen. Mais il s’étend sur la critique de
ses critiques. Celle-ci est une espéce de diatribe,
sans la moindre tentative pour envisager les variations historiques des gotits et des jugements et leurs raisons d’étre; un plaidoyer long et diffus contre les qualités littéraires du genre classique; un éloge a outrance de l’imagination, « cette grande plongeuse », et, par suite, de tout ce que regardent comme vicieux, en littérature, ceux qui veulent contenir imagination par la raison. Le tout de ce morceau et de quelques autres semblables est un mélange d'images ou il entre du vrai, du beau, du grandiose, du faux, du déplaisant et du ridicule. Les comparaisons qu'il trouve pour le génie de Shakespeare sont les éléments, la tempéte, le condor : « Shakespeare frissonnant
a en lui les vents, les esprits, les philtres, les vibrations, les balancements des souffles qui passent, obscure pénétration des effluves, la grande
seve inconnue. De 1a son trouble, au fond duquel |
est le calme. C’est ce trouble qui manque a
Goethe, loué a tort pour son impassibilité, qui est infériorité *. » Enfin, un livre tout entier de Vouvrage est consacré a l’exaltation éloquente des « démesurés » et a l’invective contre les petits esprits et les « zoiles ».
Shakespeare est-il donc sans défauts? Non certes, il en a, et Hugo lui-méme les voit; ils
sont assez gros pour cela; mais tout en les voyant ©
il faut, pense-t-il, et ce n'est méme pas assez, il faut ne pas les déclarer. « Quoi donc! Pas de critiques? Non. Vous expliquez tout? Oui. Le génie est une entité comme la nature et veut comme elle étre accepté purement et simplement. Une montagne est a prendre ou a laisser... Tout en lui a sa raison d’étre. Il est parce qu'il est. Son ombre est lenvers de sa clarté. Sa fumée vient de sa flamme. Son précipice est la condition de sa hauteur... » C’est de la pure idolatrie : le génie pris pour une essence réelle, assimilé a une force inconsciente et fatale, et la raison