‹ Victor Hugo, le poèteChapitre 55 sur 84 · William Shakespeare, 2° partie, IV, 6; V · texte numérisé non relu

William Shakespeare, 2° partie, IV, 6; V

qu'il a émise, de lieux communs déji ternes et usés, il se les voit rendre toutes nues, telles que les veut la noble impudeur du génie, et avec cet enthousiasme de grand style, mélé de naiveté honorable, qui fait si bien ressortir Vabsurdité des idées. Il se sent d’ailleurs un peu honteux de luiméme, et le sentiment de son réel déniment moral l’afflige ou Virrite, ce siecle du progrés et des arts, quand il s’entend adresser des appels de cette sorte :

« Vite, vite, 6 penseurs. Faites respirer le genre humain. Versez l’espérance, versez l’idéal, faites le bien.... L’aurore d’aujourd’hui oblige le soleil pour demain. Que rien ne soit perdu. Que pas une force ne s‘isole. Tous a la manceuvre! la vaste urgence est la. Plus d’art fainéant. La poésie ouvritre de civilisation, quoi de plus admirable! le réveur doit étre un pionnier : la strophe doit vouloir. Le beau doit se mettre au service de Vhonnéte... Oui, tous tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres et obscurs, dans toutes nos ceuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient, poemes, drames, romans, histoire, philosophie, a la tribune des assemblées comme devant les foules du théatre, comme dans le recueillement des solitudes, oui partout, oui toujours, oui, pour com-

battre les violences et les impostures, oui, pour réhabiliter les lapidés et les accablés, oui, pour conclure logiquement et marcher drvit,... oui, pour dter des religions l’enfer et des suerte: le bagne, oui, pour étre freres du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de Pexploité, du trahi, du vaincu, du vendu, de Venchainé, du sacrifié, de la prostituée, du forgat, de lignorant, du sauvage, de l’esclave, du negre, du condamné et du damné, oui, nous sommes tes fils, Révolution!...

« L*heure du changement d’dge est venue. Nous assistons, sous la pleine clarté de Vidéal, a la majestueuse jonction du beau avec Vutile '. »

La réponse donnée par la fin du siecle 4 cet appel a l'art et au génie pour le salut de Vhumanité est Vécole littéraire qui a recu de Gustave Flaubert son mot d’ordre : considérer l'art, si lon est artiste, comme ayant toute sa raison en soi, et ne le prendre jamais pour moyen; se préoccuper exclusivement de la forme; non seulement éviter les theses, et ne prétendre enseiener quelque vérité que ce soit, mais encore se garder de laisser paraitre son opinion, si l’on en a une, et rester indifférent au sujet que lon

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