CHAPITRE XII Olympio. — L’-homme politique
Si lon excepte la piéce des. Burgraves, ceuvre magnifique, a tort donnée au thédtre et restée incomprise, l’intervalle de dix ou douze ans qui s étend de la publication des Rayons et des Ombres jusqu’'au moment ou se dessine énergiquement le républicanisme et l’anticésarisme de Victor Hugo, et puis, ou paraissent Napoléon le petit et les Chd-. timents, est une période vide de publications dans sa carriére de potte, et une période on peut presque dire ingrate pour son développement moral. Déja la production lyrique des quatre recueils postérieurs & 1830 nous semble, en dépit de beaucoup de beaux vers et de sentiments nobles ou touchants, un peu abaissée et éclipsée, a la place
qu'elle occupe entre Textraordinaire éclat des ceuvres de jeunesse, Hernani, les Orientales, et la merveilleuse expansion du génie renouvelé dans lexil, devenu plus qué jamais créateur de formes, et ouvert 4 des inspirations moins personnelles, & des pensées plus profondes. L’époque pendant laquelle sa production, en tout autre temps si féconde, se ralentit et parut presque sarréler, fait suite celle de ses principaux succes mondains, et a celle aussi de certaines passions troublantes, et de ses chagrins, de ses acces dirritation contre la critique, enfin de la mélancolie, de la sombre humeur envahissante dont les piéces datées de ces années et publiées plus tard dans les Contemplations portent en grande partie la trace. Recu 4 l’Académie francaise en 4844, élevé a la pairie par le roi Louis- Philippe en 1845, ce n’est pas a ces choses que nous nous arréterons ici, mais a deux événements qui remplirent bien diversement de tristesse ou d’amertume ses pensées et ses vers et exercerent une influence durable sur ses sentiments moraux. L’un est le fatal accident de Villequier (4 septembre 1843) qui coiita la vie aux deux jeunes mariés, Charles Vacquerie et Léopoldine Hugo. Un livre enlier des Contemplations, sous ce titre : Pauca mex, est rempli de pensées sombres, tou-
chantes ou désespérées, qui se rapportent & cette mort ou & ses anniversaires.
J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent; Puisque je ris & peine aux enfants qui m’entourent, Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs;
Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en féte, Jassiste, esprit sans joie, a ce splendide amour; Puisque je suis & ’heure ot ’homme fuit le jour, Hélas! et sent de tout la tristesse secréte;
Puisque l’espoir serein dans mon ame est vaincu; Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
O ma fille! j’aspire 4 l’ombre ou tu reposes, Puisque mon cceur est mort, j’ai bien assez vécu !,
Le second événement, de nature bien différente, pour lequel il nous faut ici revenir de plusieurs années en arriére, jusqu'avant le temps de la premiére représentation de Lucréce Borgia, est un fait de la chronique scandaleuse. Victor Hugo, qui s’‘était marié tres jeune, vit longtemps lopinion publique associer sa réputation de novateur iconoclaste et littérateur téméraire avec la bonne et peu commune renommée de grand potte chaste, aux mceurs irréprochables. Nous ne prenons ce fait particulier que comme nécessaire pour l’explication des plus beaux passages de la