Les Contemplations, 1V, 13: Vent, Vidi, Vizi
piéce des Voix intériewres intilulée : A Olympio, et puis comme point de départ de ce que nous croyons pouvoir supposer et dire des opinions de
Victor Hugo sur l'amour et le mariage. Il ne con- .
viendrait pas de parler du poete et du penseur, et de laisser dans l’ombre ce qu’il a jugé @ propos de nous révéler de lui-méme sous le nom romanesque d’Olympio.
ha Tristesse d Olympio, dans Les Rayons et les Ombres, est une piéce plus célébre que celle dont nous allons nous occuper, et cela est peut-étre juste, parce qu’elle est plus objective. Selon nous, elle n'est pas plus belle. Nous-aurions pu, si elle n’était pas si connue de tous, en citer ci-dessus plusieurs strophes pour leur caracteére ou sublime ou touchant. Mais elie est trop longue, elle a des parties relativement faibles, et nous semble en cela inférieure au chef-d’ceuvre de Lamartine, auquel on la compare toujours et dont elle est une imitation voulue, évidente. Les qualités de simplicilé et de grandeur doivent peut-étre assurer le prix au Lac, en dépit des lieux communs poétiques qui déparent celle ceuvre, classique en somme, bien qu’unique de son espece en toute notre littérature. Il ya bien une autre piece, et @un autre poete, qu’on a coutume d’introduire, en troisiéme concurrent, dans celte comparaison;
ne?
et, en effet, les dix dernitres strophes de Souvenir,
d’Alfred de Musset, inspirées par un souvenir personnel poignant et par un sentiment tres noble, sont certainement au rang de ce a jamais été écrit de beau dans notre langue. Cest un éloge” Suffisant; mais l’émotion ne revét pas, dans Souvenir, un caractere aussi universellement touchant que dans la 7'ristesse d@’ Olympio.
Reyenons a la premiere piece : A Olympio, dans laquelle Victor Hugo a introduit, sous ce nom, le povte, objet alors de blame ou de risée pour des juges séveres, ou pour un certain public denvieux et de malveillants. Un ami, une facon de dédoublement de lui-méme, s’adresse & Olympio, lui peint linjustice dont il est victime, le reléve et le console :
Un jour, l’ami qui reste & ton coeur qu’on déchire Contemplait tes malheurs,
Et tandis qu’il parlait, ton sublime sourire Se mélait a ses pleurs:
Te voila donc, 6 toi dont la foule rampante Admirait la vertu,
Déraciné, flétri, tombé sur une pente Comme un cédre abattu!
Te voila sous les pieds des envieux sans nombre Et des passafits rieurs,
Toi, dont le front superbe accoutumait 4 l’ombre Les fronts inférieurs!...
Les méchants, accourus pour déchirer ta vie, L’ont prise entre leurs dents,
Et les hommes alors se sont avec envie Penchés pour voir dedans}...
Ton ame, qu’autrefois on prenait pour arbitre Du droit et du devoir,
Est comme une taverne ou chacun 4a la vitre Vient regarder le soir,
Afin @’y voir a table une orgie aux chants gréles, Au propos triste et vain,
Qui renverse 4 grand bruit les cceurs pleins de querelles Et les brocs pleins de vin}...
Helas! pour te hair tous les cueurs se rencontrent. Tous tont abandonné.
Et tes amis pensifs sont comme ceux qui montrent Un palais ruiné.
C’est la premitre partie du discours de lami. Ce que nous trouvons dans les suivantes, c’est une consolation — faut-il entendre une justification? — tirée du bénéfice qui doit revenir & l’4me du potte, restée pure au fond, de l’expérience des passions qui ont causé sa chute et dont profitera Yceuvre de l’artiste. On peut du moins compléter ainsi la pensée en se souvenant du beau poeme de la Cloche, dans lequel il nous a déja parlé des souillures de Vairain sonore, qui participent a ses vibrations et ne peuvent en altérer la sublime
harmonie +. .