VICT&@R HUGO
plat ventre avec terreur et se collent Voreille contre terre pour écouter sils n’entendent pas enfin venir le canon russe! » En ce méme grand discours encore, il faut signaler le point de départ de la foi bien décidée de Victor Hugo dans Vutopie réalisable, et, par suite, de son alliance naturelle avec le parti de la « démocratie socialiste » a procédés révolutionnaires, dont on ne saurait dire pourtant qu'il ait jamais recommandé luiméme la fatale méthode. On est d’autant plus fondé a placer la le commencement de l’attitude de prophete 4 la maniére juive, qui alla chez lui se dessinant pendant les années d’exil, que, loin de partager, en 1851, les illusions des démocrates qui voyaient d’avance la « révolution sociale » triompher aux élections de Vannée suivante, il imaginait, comme l’ont toujours fait les auteurs d’apocalypses, que la victoire définitive du Bien, la victoire du Peuple et de Dieu, serait précédée par le régne passager du Mal; cette lumiére irrésistible par une éclipse et une ombre épaisse. Citons les termes de la prophétie, relativement bien modeste encore, en ce qui touche la portée des espérances, mais formelle quant a l’annonce du coup de théatre social :
« Toute ma politique, la voici en deux mots : il faut supprimer dans l’ordre social un certain
degré de misetre, et dans l’ordre politique une certaine nature d’ambition. Plus de paupérisme et plus de monarchisme. La France ne sera tranquille que lorsque, par la puissance des institutions quidonneront du travail et du pain aux uns et qui dteront l’espérance aux autres, nous aurons vu disparailre du milieu de nous tous ceux qui tendent la main, depuis les mendiants jusqu aux prétendants... Les souffrances des faibles, du pauvre, de la femme, de l'enfant! l'éducation, la pénalité, la production, la consommation, la circulation, le travail, qui contient le pain de tous, le suffrage universel, qui contient le droit de tous, la solidarité entre hommes et entre peuples, Caide aux nationalités opprimées, la fraternité francaise produisant par son rayonnement la fraternité européenne, voila les questions vraies...
« Leannée 1852 approche. L’instant arrive ou vont reparaitre, réveillées et encouragées par la loi fatale du 34 mai, armées par elle pour leur dernier combat contre le suffrage universel garrolté, toutes ces légitimilés antiques qui ne sont que d’antiques usurpations! L’instant arrive ou une mélée terrible se fera de toutes les formes déchues, impérialisme, légitimisme, droit de la force, droit divin, livrant ensemble l’assaut au grand droit démocratique, au droit humain! Ce
jour-la, tout sera, en apparence, remis en question. Grace aux revendications opinidtres du passé, Vombre couvrira de nouveau ce grand et illustre champ de bataille des idées et du progres qwon appelle la France. Je ne sais pas ce que durera cette éclipse; je ne sais pas ce que durera ce combat; mais ce que je sais, ce qui est certain, ce que je prédis, ce que j’affirme, c’est que le droit ne périra pas! c’est que, quand le jour reparaitra, on ne retrouvera debout que deux combattants: le Peuple et Diew! » '
Mais la grande mélée ne se fit point, et ce fut le césar qui rétablit le suffrage universel en son intégrité, et ce fut le suffrage universel qui acclama le césar. Un an apres ce discours, a la veille du plébiscite pour létablissement de TEmpire, quand Victor Hugo, consulté, conseilla Vabstenlion aux électeurs dans une décluration * gui se terminait par ces mots : — « En présence de M. Bonaparte et de son gouvernement, le citoyen digne de ce nom ne fait qu’une chose et n’a qu'une chose a faire : charger son fusil et attendre Pheure », — il disait : « M. Bonaparte ales clefs des boites dans sa main, les Oui et les Non dans sa main, le vote dans sa main, etc. »;
4, Pendant Vexil : Déclaration, 31 octobre 1852.
il ignorail, hélas! combien la fraude était peu nécessaire. I] dut cependant l’apprendre plus tard, et alors il se réfugia dans la distinction du Peuple et de la Populace, distinction vaine quand il s’agit de suffrage universel direct et de plébiscite* :
Un monde, s’il a tort, ne pese pas un juste; Tout un océan fou bat en vain un grand coeur. O multitude, obscure et facile au vainqueur,
Dans Vinstinct bestial trop souvent tu te vautres, Et nous te résistons! Nous ne voulons, nous autres, Ayant Danton pour pére et Hampden pour aieul, Pas plus du tyran Tous que du despote Un Seul. Voici le peuple: il meurt, combatlant magnifique, Pour le progrés; voici la foule : elle en trafique; Elle mange son droit d’ainesse en ce plat vil
Que Rome essuie et lave avec Ainsi soit-il!
Voici le peuple: il prend la Bastille, il déplace L’ombre tout en marchant; voici la populace : Elle attend au passage Aristide, Jésus,
Zénon, Bruno, Colomb, Jeanne, et crache dessus. Voici le peuple, avec son épouse, l’idée;
Voici la populace avec son accordée
La guillotine. Eh bien! je choisis l’idéal.
Voici le peuple : il change avril en Floréal,
Il se fait République, il régne et délibeére.
Voici la populace : elle accepte Tibére.
Je veux la République et je chasse César.
Et le morceau conclut a la prééminence du droit individuel : « Le droit est au-dessus de Tous... Le peuple, souverain de lui-méme, et chacun son propre roi; c’est 1a le droit. » Au