‹ Victor Hugo, le poèteChapitre 70 sur 84 · Exemples (rapportés ici seulement pour éclaircissement · texte numérisé non relu

Exemples (rapportés ici seulement pour éclaircissement

du cas en question, puisqu’il serait si aisé de les multiplier) : « Titus : Mais... Bérénice : Achevez. Titus : Hélas! Bérénice : Parlez. Titus : Rome... ’empire... » Autre, sans dialogue cette fois : « Titus pour mon malheur, vint, vous vit, et vous plut » (Racine, Bérénice, v. 194 et 623). Ces vers ont, lun, six, et Pautre cing accents forts.

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symétrie et luniformité sont parfaites, est remarquablement multiplié chez les poetes les plus cités pour Vharmonie de leurs vers, toutefois sujette a tomber dans la monotonie.

Arrivons a des variétés moins communes du vers classique, et & ses anomalies, car il en a, que les formes rythmiques multipliées par Victor Hugo n’ont fait que tirer de l'exception et mettre en relief et en honncur, quoique assurément ce ne soit pas en lisant Racine qu'il s’y est vu conduit. Ces explications étaient nécessaires pour prendre une idée théorique du sujet : théorique et, par conséquent, historique, puisqu’en telle matiére les regles ne précedent jamais lusage, mais se dégagent d’un développement spontané.

En prenant Ja peine, qui n’est ni bien grande ni sans mélange d’agréables remarques, d’étudier les vers de Racine au point de vue du rythme, nous avons trouvé que, dans les trois ou quatre cents vers dont se compose le réle de Phédre, de la pitce de ce nom, environ 90 0/0 sont franchement quaternaires : la plupart formés des diviseurs 2, 4 et 3, le diviseur 3 tres dominant; et quelques-uns dont la cadence a lieu entre deux parties, 1 et 5, répétées dans chaque hémistiche. Des 10 0/0 qui restent, la moitié peut-étre ont encore une division binaire parfaitement

accusée, mais les accents toniques de l’intérieur de chaque hémistiche, ou de lun deux seulement, ne prennent pas alors de valeur rythmique assez marquée; on pourrait les appeler des binaires simples, comme, par exemple, celui-ci:

Je Ven ai dit assez pour te tirer d’erreur; ou bien :

Tu me haissais plus; je ne t’aimais pas moins.

Ils ne laissent pas d’étre souvent de tres beaux vers, et dont le caractére de plénitude se préte a des effets parliculiers. I] en est méme qui sont tout d'une venue, et ne souffrent aucun point d’arrét a hémistiche, encore bien que la césure y demeure matériellement possible, grace ala présence d’un faible accent tonique. Somme toute, on peut compter 5 ou 6 0/0 de vers qui sont de véritables anomalies dans le systeme classique, en ce que toute récitation qui s’attache au sens exclusivement doit leur donner une forme autre que binaire ou quaternaire, et décidément. ternaire en quelques cas. Il y en aurait plus que cela, si on prenail tous ceux qui ont de forts accents & d’autres endroils qu’a lhémistiche, et n’en ont la qu'un faible pour satisfaire & la régle. Exemples:

Hélas! je ne tai pu parler que de toi-méme3... Un fil n’etit point assez rassuré votre amanle;... Charmant, jeune, trainant tous les cceurs aprés soi...

Mais les vers de ce genre sont eux-m‘mes de deux sortes : les uns, comme ce dernier, de tout temps remarqué, manifestent un rythme frappant qui n’est pas celui du vieil alexandrin le mieux réussi; d'autres, dont il y a des cas nombreux dans la comédie des Plaidewrs, se prétent plus ou moins au sentiment de rythmes nouveaux, et passaient dans l’ancienne école pour des licences pardonnables au style comique :

Ma foi, j’étais un franc portier de comédie... Crois-tu qu’un juge n’ait qu’a faire bonne chére?... Diantre! ’amour vous tient au cceur de bon matin...

Qui va 1a? Peut-on voir monsieur? Non. Pourrait-on Dire un mot ainonsieur son secrétaire? Non.

Il va sans dire que ces vers anormaux sont assez communs aussi chez Molitre; mais Racine seul parait avoir pressenti les formes rythmiques possibles pour l’alexandrin, en dehors de la convention établie, quoique Moliére ait prouvé, comme La Fontaine, en maniant le vers libre (Amphitryon, Psyché), que le sentiment du rythme était vif et juste chez lui. Il en est de méme de Corneille, dont les vers libres, dans Psyché, sont

pleins de grace et d’harmonie. Mais dés que ces poetes s’attelaient au char solennel du grand vers, il semble que le sentiment pénible de la regle violée arrétat leur élan quand ils réussissaient mal & marquer l’une des coupes harmonieuses qu'elle permet, et qu'ils n’osassent pas en affirmer d’autres.

C’est sur leurs vers échappant & ces coupes réglementaires, ou les marquant mal, en marquant mal certaines autres aussi, que cependant ils indiquent, et parfois atteignent, c’est sur eux que porte l’invention rythmique dont Victor Hugo est auteur. En deux mots, elle consiste 4 placer au milieu du vers, en dépit de la césure classique, un groupe de quatre, de cing ou de six syllabes, détaché des deux groupes extrémes par des accents plus forts que ceux de cette césure, et qui par 1a donnent le rythme spécial d’un vers & constitution ternaire, et non plus quaternaire ou binaire.

Lorsque ces groupes extrémes du vers sont fournis tous deux par le diviseur 4, on obtient le type ternaire 4 >< 3 qui fait le pendant du quaternaire parfait 3><4 de l’alexandrin classique. Tels sont dans Racine, trés exceptionnellement, des vers comme ceux-ci ;

Qu ai-je trouvé? — Je vois la mort — peinte en vos yeux; ou cet autre:

Toujours punir, — toujours trembler — dans vos projets; ou encore :

Non, je ne puis, — tu vois mon trou— ble et ma faiblesse1; et chez Victor Hugo :

C’est VAllema — gne, c’est PEspa — gne, c’est la Flandre; OU :

J’ai vu le jour, — j’ai vu la foi, — j’ai vu VPhonneur... ou:

D’ot vient qu’on nait, — d’ou vient qu’on meurt, — d’ou [vient qu’on soulfre?]

Les vers de cette forme, quand on fait attention

a ne point marquer, dans la récitation, des césures & l’hémistiche, que le sens ne comporte pas, sont beaucoup plus multipliés chez Victor

‘Hugo qu’on ne le croirait de prime-abord, et ils

comportent, par leurs tournures diverses, si ce nest des variétés aussi définies que le vers classique parfait, au moins un assez grand nombre de modifications pour ne pas tomber dans la monotonie qui semblerait s’attacher au rythme

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