Bérénice, v. 1385; Britannicus, v. 1353; Athalie, v
des précédents. On en peut juger par ces exemples & coupures moins tranchées :
Son ceil lascif — errait la nuit — comme une flamme.
La grande mort, — posant son ri — re sur leurs bouches... Est-ce ton corps — qui fait ta joie — et qui test cher?
Car tous les hom — mes sont les fils — du méme pére.
Un arbre est 1a — dressant ses bran — ches hérissées.
Ayez pitié, — voyez des 4 — mes dans les choses.
Mais d’autres vers ternaires, plus nombreux dans leur ensemble, ajoutent 4 la diversilé des formes. Si le diviseur 6, qui formait I’hémistiche du vers classique, est porté au milieu (n’élant lui-méme intérieurement divisé que par un ou plusieurs accents indispensables pour donner le sentiment du nombre, mais trop faibles pour marquer un rythme), on a pour constituer les deux groupes extrémes du vers ternaire, ou le diviseur 3 répété (la forme 3-6-3), ou les diviseurs 2 el 4, soit en cet ordre méme, soit dans l’ordre inverse (les formes 2-6-4 et 4-6-2). De la des types nouveaux dont certains se rencontrent déja dans Racine. Exemples :
Jai fait plus, — je n’ai rien de secret — a te? yeux; ou bien :
Et des cri — mes peut-étre inconnus — aux enfers;
et encore :
Ses malheurs — n’avaient point abattu — sa fierté. Aricie — a trouvé le chemin — de son cceur.
Autres :
Jamais — je ne me suis senti — plus amoureux.
Au moins — en terminant ma vie — et mon supplice...
Et moi — je lui tendais les mains — pour l’embrasser. Vous seule — avez poussé les coups. — Tais-toi, perfide t,
Mais ces formes, rares et comme involontaires chez Racine, se multiplient chez Victor Hugo, et adressent a loreille ’appel le plus évident pour étre saisies en leur propre rythme sans le moindre égard 4 la césure réglementaire, qui ne doit plus se sentir dans la récitation. Des exemples choisis parmi les meilleurs ne seront pas de trop ici :
Il dormait; — il dormait confiant — et tranquille. Immobi — le, ouvrant l’@il & moilié — sous ses voiles. Fais-toi bel — le; un seigneur va venir; — il est bon. Ceux qui vi — vent, ce sont ceux qui lut — tent, ce sont...
4. Bérénice, v. 425 et 4457; Phédre, v. 1224 et 1284; Mithridate, v. 1503; Alhalie, v. 493 et 502; Andromaque, v. 1533. Les quatre derniers cas sont tous de la forme 2-6-4, Ceux de la forme 4-6-2 doivent étre plus rares, et 71 ne m’en vient pas d’exemples dans les tragédies. Une forte césure & Ja quatritme syllabe a di étre évitée dans les cas ot la césure réglementaire 4la sixitme était déja si affaiblie et presque nulle. En ‘voici pourtant un exemple frappant dans les Plaideurs: « Tous ces Normands — voulaient se divertir de nous. »
ES
276 VICTCR HUGO
S’élteint — comme un Oiseau se po — se; tout se tait. Vétu — de probité candi — de et de lin blanc.
Et que, — rictus ouvert au vent, — téte éblouie... Montait — jusqu’au rocher sacré — de Vidéal.
Pour se baigner — au flot d’un ruisseau clair, — Psyché... Oui, j’aurais dti — vous tordre entre mes ser— res, tous. Et pcr instants, — a mots entrecoupés, — sa bouche... Léviathan, — c’est 1a tout le passé : — grandeur, Horreur...
‘Dans les cas précédents, un diviseur du vers, soit 4, soit 6, ancien hémistiche lui-méme, est porté de l’extrémité au centre, et ne laisse au milieu qu’un faible accent, au lieu d’une formelle césure. Dans les cas suivants, ce ne sera plus lune des parties aliquotes, mais le groupe de cing syllabes, somme de deux de ces parties qui occupera la place dévolue tout &l’heure au groupe de six; et les diviseurs 3 et 4 formeront alors les ailes du vers, tantétl’un, tant6t l’autre, au commencement et a la fin. Racine ne manque pas d’exemples de ces belles formes, parfois assez neltement accusées
Quel plaisir — de venger moi-mé — me mon injure!
Que mon cceur — démentait ma bou — che 4 tous moments, Goute-t-il — des plaisirs tranquil — les et parfaits? Est-ce & yous — de préter l’oreil — le & leurs discours?
Attendiez-vous, — pour faire un aveu — si funeste...
De tous ces noms — que suit le respect — et la crainte... J’avais tantét, — rempli d’amertu— me et de fiel...
Tous yos moments — sont-ils déyoués — a empire? 4
Mais la forme se dessine de toute autre facon dans les vers similaires de Victor Hugo :+..
Les pieds nus, — le regard obscur, — lair effrayant. Dieu m’excep — te. Il finit & moi. — Je suis sa borne. Sous ton cra — ne, cerveau muré, ~— ne sens-tu pas? Pense-t-il — & donner a boi — re & mon cheval?
Le tonner — re, ce coup de clo — che de la nuit.
Il rassem — ble sa force étein — te, et, roidissant...
Si Pun de vous — brayant Durandal — a mon poing...
On croit enten — dre un dieu de abi — me marcher.
Gonflé d@’humeurs — couvert d’une peau — qui se ride.
Puis une fem — me, avec une fleur — au corset.
Roland Vesqui — ve et dit au géant : — « Béte brute! » Toute sa ra — ge éclate en ce cri: — C’est un vieux.
Apres ces explications, déja trop longues peutétre, il serait superflu de mentrer comment des - groupes de syllabes au-dessus de cinq, s‘ils sont subdivisés par des accents suffisants, qui toutefois ne prennent pas une valeur rythmique, peuvent, en se placant au milieu du vers, former des
4, Andromaque, v. 1264, 1548, 1443; Britannicus, v. 1434; Mithridate, v. 1303; Bérénice, v. 512 et 519; Athalie, v. 871.
cadences analogues aux précédentes, et dunner de beaux vers ternaires dont les groupes deux et trovs, par exemple, ou deux et deux, un et trois, ete., forment les extrémités. En général, a Vinverse des cas ou la pensée et les mots introduisent des coupures fréquentes * et pour lesquels la césure a Vhémistiche se perd dans le nombre des autres césures, il y en a ou la cadence reste longtemps suspendue, soit en avant, soit en arriére de cette césure, ot elle ne s’arréte pas. Exemples :
Frap — pe. Ou si tu le crois indi — gne de tes coups... Tout mort quwil est, — Thésée est présent 4 vos yeux. Je suis encor — malgré tes infidélités...
Que ne le laissons-nous périr? — Mais le voici 2.
4. Par exemple, ce vers de Moliére (Amphitryon, v. 171) : Jour et nuit, gréle, vent, péril, chaleur, froidure.
Mais obseryons qu’un vers peut étre tout formé de monosyllabes, et contenir, par suite, un assez grand nombre d’accents toniques, comme cet autre de Moliére, dans Psyché (v. 453) 3
Trop que deux cceurs pour moi, trop peu qu’un cceur pour
vous, et ne pas laisser d’étre de forme classique avec quatre bons. accents rythmiques, aussi bien que le vers si connu de Racine :
Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cceur.