OEuvres, éd. de Gabriel de Chénier, t. I, p
Si l’on excepte une césure médiane, une seule : Heélops fuit, quimalgré la force de l’accent tonique sur la syllabe lops, parait a peine suffisante pour la reégle classique, tous les traits remarquables de ce passage sont ou des rejets, ou des coupes tres dures qui, placées ailleurs qu’a la sixitme ou ala douzitme syllabe, apres les mots : fuit, Vapercott, sélance, Ventraine, crie, annulent par le fait les césures médianes, tout en respectant la lettre de la reégle. Mais ceci n’était pas défendu. Et maintenant, si l’on examine le résultat de cette recherche d’harmonie imitative, de ces rejets et de ces césures hors de place au point de vue du rythme classique de Valexandrin, on trouvera que des rythmes nouveaux n’apparaissent pas clairement, et qu’aucune de ces formes que nous ayons examinées, dont Racine a eu quelquefois le sentiment, et que Victor Hugo a vraiment créées, ne se dégage. Sans doute on peut regarder tel vers de ce genre comme ternaire, et non plus quaternaire, pour une bonne récitation; exemples pris du méme poeme : « Pirithoiis — égorge Antimaque — et Pétrée »; ou « le your — ow nous avons recu — le grand Homére », et quelques autres; mais ils sont exceptionnels, tout comme chez Racine. On les trouve surtout dans quelques églogues de Chénier, partie trés soignée, tres
achevée de son ceuvre, dont la masse entitre : odes, élégies, poemes, n’offre guere que les cadences accoutumées du vers, tout en se distinguant au surplus beaucoup par le naturel du sentiment, le charme de l’expression, un gout exquis de la poésie des Grecs, qu'il s’occupe continuel- ‘lement a traduire, enfin par un emploi de I’antique mythologie, plus fin et moins banal que celui des poetes ses contemporains. Il a dd forcer son gracieux talent pour écrire les Jambes, dont quelques passages seuls sont d’une grande beauté. Lui-méme, il a senti que la haine était linspiratrice de ses derniers chants :
— Sa langue est un fer chaud. Dans ses veines brilées Serpentent des fleuves de fiel. -
— Jai, douze ans, en secret, dans les doctes vallées, Cueilli le-:poétique miel.
Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entitre. Dans tous mes vers On pourra voir
Si ma muse naquit haineuse et meurtriére.
Les admirables strophes de la Jewne captive restent son chef-d’ceuvre, et la plus grande partie de sa gloire, si vrai et touchant poéete qu'il ait été, est faite de son échafaud et du crime de sa mort.
I] n’y avait aucune raison pour que Sainte-Beuve fit dater la réforme d’André Chénier, pas plus que pour qu il la fit remonter 4 Ronsard : aucune, si
ce nest qu’il n’avait point Vidée exacte de cette réforme, qui n’en est pas une, a proprement parler, mais qui est une introduction de rythmes nouveaux ajoulés aux anciens. Victor Hugo luiméme ne s’est pas d’abord rendu compte et Ya-t-il fait jamais bien formellement? — de la vraie nature de son invention rythmique. I] a toujours été guidé et poussé par un instinct puissant; non pas tel, sans doute, qu'il ait pului étre donné d’inventer les regles de la versification, comme semble le dire le « témoin de sa vie ' », et comme on veut que Pascal se soit appris de lui-méme a4 enchainer des propositions géométriques. Apparemment il avait eu, c’était 4 lage de treize ans, Yoceasion de voir des vers, et il lui arriva comme & beaucoup d’autres de sentir tout de suite ce que c’était, et de s’'amuser a en faire. Les premiers des siens qui nous soient connus — il avait alors deux ans de plus — sont des vers ordinaires de ce temps, et tres passables. Quand il lut André Chénier, deux ans encore apres (en 1819), il recut Vimpression d’une poésie nouvelle; il remarqua beaucoup la flexibilité du style, la vivacité des tournures, et des expressions d'une énergique trivialité dans la grandeur. Il trouva a reprendre