LE RETOUR
drs mes et- des frais exoliaun an monde mie Pégase surmené voulait être « mis au vert ».
Ce fut, pendant l'espace de mille ou douze cents vers, unp véritable débauche de ûin,;)'sie bouffonne, de 2"aîté rabelaisienne, de vulgarité même, acceptée ou cherchée, oui n'enleva rien à l'admiration de ses partisans, mais qui inspira aux autres quelques doutes sur l'unité profonde de son génie. La difficulté de concilier des manifestations si contradictoires d'apparence n'était pas sérieuse : l'unité de ce génie, nous l'avons dit déjà, n'est ni dans les idées, ni dans les opinions, ni même dans les préoccupations du poète, elle réside en sa faculté maîtresse, l'imagination, qui se retrouve toujours, semblable et entière, a travers les plaisanteries épiques et les idylles colossales des Chansons comme à travers la hautaine création de la Légende.
T,p U sonfprnbre 1870 ouvrit à V. Hugo les portes de la patrie qu'il n'avait iainais voulu franchir, malgré les amnisties, tant que la Liberté n'y serait pas rentrée avant lui. Le grand vieillard s'enferma dans Paris assiégé, et souffrit avec ce peuple qui commençait à lui vouer un idolâtre amour. Un volume de vers, tout vibrant de patriotisme et de génie, nous conserve le souvenir cm l Année terrible qui vit les luttes Lratricides de la Commune s'ajouter aux horreurs de l'invasion étrangère.
La pensée du Maître était ainsi ramenée aux soins de l'action politique et sociale qui, depuis vingt-cinq ans, n'avait cessé de le hanter. Le roman de Quatre-
vingt-treize (1874) fut une nouvelle affirmation <*£ &p loi en la Kevolution et en l'avenir qu'elle avait ouvert à la France. Paris y applaudit avec enthousiasme et élut V. Hugo sénateur, le 30 janvier 1875. Deux publications destinées à rattacher le passé du poète à son présent se succédèrent en quelques mois : Actes et paroles et Y Histoire d'un crime.
11 ne désertait pourtant pas la pure imagination : en 1877 paraissait la nouvelle série de la Légende des siècles , à peine inférieure à la première . qui reste le chef-d'œuvre poétique de notre siècle. Puis vint L'Art d'être grand-père, un recueil d'exquises poésies où le Génie souverain s'incline aux sublimes enfantillages de la paternité ; puis le Pape, la Pitié suprême, Religion et Religions, l'Ane, les Quatre Vents de l'esprit et enfin Torquemada où l'on n'a pas de peine à retrouver les mêmes traits de nature et les mêmes principes esthétiques que dans Hernani, avec une puissance plus raide, des procédés plus simples et plus dédaigneux de la tradition théâtrale1.
V. Hugo « entra vivant dans l'immortalité » : on peut dire que ses dernières années furent une longue apothéose. Divers éléments entraient dans la popularité sans exemple, dans le culte respectueux dont Paris et la France entourèrent sa glorieuse vieil-
1. On sait que V. Hugo a voulu se survivre à lui-mèine et donner encore à ses arrière-neveux l'illusion de la production incessante et mesurée dont il s'était fait une loi : Tous les deux ans paraissent des ouvrages inédits du Maître. Ainsi ont été publiés le Théâtre en liberté, la Fin de Satan, Choses vues, Toute la lyre, les Jumeaux, En voyage, Dieu, etc.