L EXIL
l'esprit populaire l'imagine , emphatique et démesurée, le sens inné de cet héroïsme verbal, familier aux rhéteurs, qui donne au moins l'illusion du sublime par l'affectation de la simplicité, enfin l'intuition confuse de la barbarie primitive, des mœurs anormales et saisissantes dont la préhistoire conserve le lointain souvenir. Au xixe siècle, il n'est guère d'autres ressorts possibles pour l'épopée. Pas une pièce de la Légende où ces caractères ne se retrouvent, dans la brièveté de la formule poétique :
Ce bâton me suffit : il déracine un chêne....
Et n'ayant plus d'épée, il leur jetait des pierres....
Le lendemain, Aymery prit la ville....
C'est là la marque propre de Hugo, ce qu'il ajoute au récit dont il s'inspire, qu'il va même parfois jusqu'à copier intégralement *, sûr d'y mettre la touche du génie en laissant intervenir son imagination au moment voulu.
L'effet est le plus souvent obtenu par des procédés sommaires et symétriques qui excluent toute nuance et toute gradation. La conception, par trop simpliste, du monde qui en résulte doit être rapportée à l'imagination du poète, et ce serait méprise que de s'en prendre à sa raison ou à son cœur. Un des plus fins critiques de notre temps, plus souple d'ordinaire aux exigences du relativisme, M. Jules Lemaître, se
1. Aymerillot est la reproduction à peu près exacte d'un épisode de la Romance de Roland, que M. Achille Jubiunl avait insérée, bous le titre de Château de Dannemarie, dan» une nouvelle du Magasin pittoresque (1841).
déclare « fâché de constater qu'ayant vécu dans le siècle qui a le mieux compris l'histoire, V. Hugo n'ait vu dans l'humanité qu'un immense Guignol apocalyptique, où les papes et les rois apparaissent tous comme des porcs et des tigres... ». De même, passant en revue ses romans, M. Emile Faguet regrette de ne trouver dans les personnages que des typés abstraits, et conclut que « V. Hugo, qui avait assez d'âme pour en donner aux pierres, n'en avait pas assez pour en donner aux hommes » . Veut-on prouver par là que V. Hugo ne fut ni un historien, ni un psychologue, ni même un moraliste? Ce' n'est guère la peine de l'établir. Mais il fut le plus prodigieux visionnaire qui ait jamais pénétré les formes du monde matériel pour les asservir aux lois de son esprit et les traduire en images pleines de sens. Et cela suffit à donner la clef de ses jugements comme de ses fictions.
Vers la fin de l'exil — par un concours de circonstances où entraient des éléments bien divers, les uns d'ordre idéal, comme la croyance au triomphe final de la justice, les autres d'ordre personnel, comme l'assurance d'une gloire maintenant incontestée, et, sans doute aussi, l'espèce d'attendrissement qui s'empare si souvent des natures énergiques aux approches des années critiques de la vie, — Fesnrit aJtipr du Maître rnmt tout ;i roun sp détendre. Après tant de drames et d'épopées on le vit, non sans surprise, s'éprendre de bergeries et d'imaginations sensuelles. La pvéfëce d*s Chansons