L IMAGINATION CREATRICE
images une ampleur démesurée, V. Hugo est le plus conscient, le plus volontaire, le plus sûr de tous les artistes qui jamais ressentirent « du ciel l'influence secrète ».
Sa force se double de ce que, puissamment inspiré, il est encore le maître de son inspiration, et sait lui faire rendre tout ce qu'elle peut. La nature le surprend-elle par un aspect imprévu qui s'impose à ses sens et met en branle son cerveau toujours vibrant, il a tôt fait de ramener l'impression de hasard à l'état d'âme où il se complaît, et qui est marqué pour la création. La lune, disque ou croissant, est tous les soirs la même : non pour Hugo, qui plie et modèle l'image aux convenances de son âme. Rêve-t-il d'une douce glaneuse attardée derrière la moisson, voici que le ciel s'emplit d'épis d'or, et qu'une faucille s'ébauche dans la corne de Phébé. Songe-t-il que la Liberté s'est réfugiée en Suisse derrière les grands monts qui lui sont comme une citadelle, aussitôt les feux du ciel se muent en « fers de lance ». La majesté de la nature réveiliet-elle en son esprit le souvenir du culte qui a bercé son enfance, devant ses yeux l'autel se dresse sur la montagne, et 1' « hostie » s'élève avec la lune qui monte. A-t-il enfin pleuré, ce soir, en apprenant une exécution criminelle, c'est une « tête coupée » qui roule dans la pourpre sanglante de l'horizon —
Ne parlons donc pas d'inspiration : ce mot semble accuser une influence étrangère — muse, pythie ou planète — à laquelle est soumis le génie. V. Hugo
ne doit rien qu'à lui. La nature même ne lui a fourni que des occasions de développer les puissances endormies de sa pensée. Ce n'est ni aux Alpes qu'il a trouvé le secret de la grandeur, ni en Espagne qu'il a trouvé celui de l'éclat, ni dans les cathédrales gothiques qu'il a trouvé celui des figures originales : c'est dans le tréfonds de sa personnalité que résident la cause, la forme, la loi de toutes ses créations son génie, c'est lui-même.