OMBRE ET LUMIÈRE
OMUKE ET MMIÈR1 V. II.
constante était de s’assimiler à lui, la photographie, un peu railleuse parfois, traduisait.
11 y avait, dans ce cas, collaboration directe de sa part, si directe même que sous chacune de ces épreuves où il est en jeu l’on peut mettre, comme nous l’avons fait, un vers qu’il a écrit, une phrase qu’il a prononcée ; et ce n’est pas ce seul vers, cette seule phrase de ses œuvres qui s’y adapte, ce seraient, aussi exactement, une foule d’autres, parmi lesquels nous n’avons eu qu’à puiser et à choisir. 11 se traduit là tout entier, dans l’expression de chacune des pensées préférées qui hantaient son esprit. Lui-même paraît avoir gravé son nom VICTOR HUGO, 1853 sur un des clichés, en dessous d’un de ses portraits que nous donnons au commencement de cet album ; on retrouve, dans la facture des lettres, le bout de bois fendu en quatre avec lequel il avait coutume d’exécuter ses dessins.
Mais voici qui est plus surprenant. Les autres photographies, pour 1 exécution desquelles il donna tout au plus, en passant, un conseil, une indication rapide, semblent porter non moins fortement son empreinte ; mis en parallèle avec la collection de ses dessins, de ces dessins énergiques et âpres, heurtés, où il mélangeait du charbon, de l’encre et de la suie, si personnels d’impression et aujourd’hui populaires, l’album photographique en forme comme le pendant. Deux arts différents, un aspect identique.
L’explication de ce fait singulier au premier abord est fort naturelle cependant, et peut se trouver sans peine. Ce fut là un des résultats de l’influence souveraine exercée par Hugo sur ceux qui l'entouraient. Il n’y a pas chez nous, en dehors de Voltaire, d’autre exemple d’un homme qui ait pareillement imprégné de lui le cercle de ses adorateurs et de ses proches. 11 était l’astre autour duquel gravitent ses satellites. Une seule pensée, la sienne, à travers laquelle pensaient toutes les autres.
Il fut cela toute sa vie, et plus que jamais dans cette île où les flots enserraient chacun contre sa personne. En sorte que ce phénomène assez extraordinaire s’est produit, que cette photographie, accusée de n’ètre qu’une action inintelligente et neutre par essence, devint du Victor Hugo sans être maniée par lui, par le seul rayonnement de son influence morale.
La photographie peut donc avoir une âme ?
OMBRE Elle en aura une évidemment, si elle peut refléter
ET LU- art, pensée, existence morale d’un homme et d’une Ml ÈRE. époque, et en faire repasser la vibration devant nos yeux. Regardons.
Art d’abord. « Ombre et lumière », toute la formule d’art de Hugo peut tenir en ces deux mots ; ils furent le cri de guerre jeté par lui, dès la première heure, aux grisailles littéraires et picturales des classiques dégénérés :
« La Muse moderne, écrivait-il dans la préface de Cromwell, verra les choses d'un coup d'œil plus haut et plus large ; elle sentira que dans la création tout est contraste, que le laid existe à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au revers du sublime, l ombre avec la