‹ Victor Hugo, photographeChapitre 8 sur 14 · LES GROTTES DE J ER- SEY · texte numérisé non relu

LES GROTTES DE J ER- SEY

« jYoiis sommes les proscrits, nous hululons l'abîme... » Luisses-le dans son ombre où descend la lumière. »

dans les ténèbres ? Regardez-le encore avec son chapeau de feutre enfoncé sur le front, à demi aveuglé de soleil, la lèvre lippue, la figure tranchée en deux par une large bande d’ombre noire et par un grand coup de lumière...

La maison qu’il habite est cerclée aussi d’une auréole, comme il convient à la demeure qui abrite un génie ; Marine-Terrace, ce vilain cube de pierre blanche, aux petites fenêtres à guillotine ne s’ouvrant qu’à moitié, et dont Vacquerie disait qu’il fallait les caler, chaque soir, avec du papier et du linge, si l’on ne voulait pas être réveillé toute la nuit par le vent qui s’en faisait des castagnettes, Marine-Terrace se transfigure dans un halo céleste. Qui oserait prétendre que le premier venu, passant avec son Kodak, en eût fait cette photographie ?

Ce même système d’art, heurts du clair et de l’obscur, se retrouve d’une façon générale dans la plupart des autres photographies de l’album, paysages ou portraits ; c’est la note dominante qui en fait l’unité. Poussant même, en ce sens, leur recherche du bizarre et du romantique jusqu’à ses extrêmes limites, nos opérateurs s’amusaient à retourner leurs clichés, qu’ils' tiraient ensuite avec le renversement des blancs et des noirs, si bien que l’on obtenait ainsi des Hugo et des Vacquerie avec des tètes de nègres.

« Ombre et Lumière », tel est donc, avant tout, cet album.

Il s’y trouve autre chose cependant. Sous cet enveloppement d’ensemble il y a des aspects divers.

11 était tout à l’heure au fond d’un gouffre, le voilà maintenant perché, minuscule, sur le sommet d’un énorme rocher, piédestal formidable ; il n’est plus dans l’abîme, il est dans le ciel. Ce gros bloc au mufle de taureau, c’est le Rocher des Proscrits ; il se trouve non loin de Saint- Hélier, au bord de la mer, et regarde la France, la France qui est au-delà de la barrière infranchissable des flots.

Là le poète aimait à méditer dans le deuil de son coeur, sur la joie disparue de fouler le sol de la patrie :

« 0 T rance, T rance aimée et qu'on pleure toujours,

Je ne reverrai pas ta terre douce et triste... » ;

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